Entretien réalisé par Anaëlle Le Golvan au Salon du Livre de Villiers-sous-Grez, le 12 avril 2026, autour de l’ouvrage Ô Mères d’Iran et de la mémoire comme acte de résistance en Iran.Quand est-ce que vous avez souhaitée devenir autrice ?
Massoumeh Raouf : L’écriture
m’accompagne depuis le lycée, une période où la lecture occupait une place
essentielle dans ma vie. Mais ce qui m’a véritablement poussée à écrire des
livres, c’est la lutte pour la vérité et la justice, ainsi que la volonté de
construire un rempart contre l’oubli organisé. Mes ouvrages sont le
prolongement d’une vie marquée par l’engagement et par l’histoire contemporaine
de mon pays, l’Iran. Écrire est pour moi une responsabilité : celle de
témoigner, de dénoncer et de transmettre une mémoire que le pouvoir cherche à
effacer.
Votre activité d'auteure, c'est plus un métier ou une
passion ?
Massoumeh Raouf : Ce n’est ni un
métier au sens classique, ni une simple passion : c’est un engagement politique
et moral. Écrire, pour moi, consiste à faire entendre la voix de ceux que l’on
réduit au silence — les prisonniers, les exécutés, les familles brisées. C'est la
voix des sans-voix. Il est fondamental de briser ce silence imposé non
seulement par la répression, mais aussi par les intérêts politiques et
économiques des grandes puissances. Ce silence, souvent assourdissant, déforme
la réalité : il transforme les crimes en « faits divers » et les mensonges en
vérités. Dans ce contexte, écrire devient un acte de résistance, une rébellion
nécessaire contre la falsification de l’histoire.