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samedi 15 février 2025

Iran. Assassinat de deux juges responsables de massacres devant la Cour suprême à Téhéran

 Deux juges du régime iranien, Ali Razini et Mohammad Moghisseh, figures emblématiques de la répression judiciaire, ont été assassinés devant la Cour suprême à Téhéran. Cet événement a suscité une vive réaction, en raison de leur implication dans des décennies de répression et de violations flagrantes des droits humains. 

[par Massoumeh Raouf, publié sur oeil-maisondesjournalistes le 12/02/2025]


Survenu samedi matin, 18 janvier cet assassinat a ravivé le débat sur leur responsabilité dans le massacre de 1988, qui a coûté la vie à plus de 30 000 prisonniers politiques, parmi lesquels mon frère, Ahmad Raouf Basharidouste.

Selon les Mizan Online, un infiltré au sein du système judiciaire aurait abattu les deux juges à l’aide d’une arme à feu avant de se suicider. Ces assassinats ont été perçus par de nombreuses familles de victimes comme une forme de justice pour les atrocités commises. 

Ali Razini et Mohammad Moghisseh étaient notoirement connus pour leur implication directe dans les exécutions de masse, la torture et les procès injustes. Leur mort marque la fin de décennies de crimes restés impunis, mais elle souligne également l’absence de justice formelle pour leurs victimes. 

lundi 10 février 2025

Rencontre-débat à Sorbonne Paris Nord - Les ombres de la répression en Iran

Le mardi 4 février 2025, une conférence s'est tenue à l'Université Sciences Po Paris, en partenariat avec l'Association des étudiants en Sciences Politiques et Relations internationales - Sorbonne Paris Nord (IRDEF) et le Comité de soutien aux droits de l’Homme en Iran (CSDHI). Cet événement avait pour objectif de donner la parole à des personnes ayant vécu le contexte de guerre en Iran et de sensibiliser le public à une réalité souvent méconnue.

L'IRDEF a souligné que, "Au regard du contexte géopolitique actuel au Moyen-Orient, il nous semble essentiel de vous permettre de découvrir la réalité souvent invisibilisée en Iran." 

L'événement était ouvert à toutes et à tous, y compris aux étudiant.e.s externes de la faculté Sorbonne Paris Nord.


Les intervenants de cette rencontre-débat étaient :

  • Jean-François Legaret, Président de la Fondation d'études pour le Moyen-Orient

  • Massoumeh Raouf Basharidoust, écrivaine, ancienne prisonnière en Iran, membre d’une famille de victimes du massacre de 1988

  • Afchine Alavi, membre de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance en Iran

  • Azadeh Alemi, représentante du Comité de soutien aux droits de l'homme en Iran




Cette rencontre a offert une plateforme précieuse pour entendre des témoignages bouleversants des victimes, révélant des réalités trop souvent ignorées. Grâce à ces récits poignants, l'audience a pu ressentir l'intensité des souffrances vécues, mais aussi la force et le courage de celles et ceux qui luttent pour la justice et la liberté.



samedi 8 février 2025

« Héros et héroïnes, en mémoire d’amis tombés » de Pouran Najafi

 ParMassoumeh Raouf


Parfois, dans la vie, vous rencontrez quelqu’un que vous ne pourrez jamais oublier. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’amis sur lesquels on puisse compter dans les situations les plus difficiles. Un ami dont les kilomètres de distance géographique et les années passées ne nuisent pas à son amour et à sa pureté amicale, et chaque fois que vous le voyez, vous ressentez la même chaleur et l’honnêteté des premiers jours. Pouran Najafi était de ces amies pour moi. Une amitié avec la clarté de l’eau de source de notre région du nord. Pouran Najafi est morte le 9 février 2013, fauchée par une pluie de roquettes commandées par le régime iranien sur la prison de Liberty, en Irak.


J’ai fréquenté Pouran Najafi lors de nombreux meetings et cérémonies de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) à Racht au lendemain de la révolution contre le chah. Mais c’est dans l’une des cellules de la prison de Racht que j’ai pu la connaître vraiment et en faire pour toujours l’une de mes meilleures amies. Pouran étudiait à l’École de Technologie, l’un des rares lycées mixtes à l’époque. Elle connaissait très bien mon frère Ahmad avec lequel elle partageait la plupart des activités de l’École de Technologie. Elle m’a raconté de beaux souvenirs de mon frère cadet, des choses que je ne savais pas de lui. Elle m’a confié avec un sourire qu’elle avait dit à Ahmad en public qu’elle était sa sœur. Elle m’a ensuite expliqué les événements de cette journée d’avril 1980 où la milice du Bassidj a enlevé 13 lycéens, dont Ahmad, pour les torturer à la mosquée de Bagher-Abad. Quelques jours plus tard, Ahmad et d’autres lycéens s’étaient rendus au bureau du directeur de l’École de Technologie pour dénoncer la torture et le silence complice du directeur.

L’un des enseignants avait demandé à Ahmad de lui montrer les traces de torture. Pouran ayant dit que tous étaient des hommes sauf elle, avaient été brutalisés. Elle a ajouté : « J’ai senti qu’Ahmad était gêné d’être torse nu devant moi. Je lui ai dit d’une voix forte : Ahmad, je suis comme ta sœur. Montre les traces de torture… »

Ahmad a soulevé sa chemise. Tout son corps était labouré d’hématomes et de coupures causées par une lame de cutter. Les larmes ont jailli dans les yeux de tous quand ils ont vu cette scène qui les a profondément touchés et la brutalité contre ce jeune partisan de l’OMPI.

Pouran était simple, sincère et honnête. Elle avait son franc-parler tout en restant humble. Devant les gardiens de la révolution, Pouran était courageuse et intrépide. Très dégourdie et précise, elle trouvait toujours des solutions dans les moments difficiles.

C’est pourquoi, dans notre plan d’évasion de la prison du club des officiers (Afsaran) à Racht, Pouran était chargé de divertir les gardiennes. Elle a joué un rôle clé dans mon évasion, et si je suis libre aujourd’hui, c’est grâce à son sacrifice. Un rôle sans lequel l’opération audacieuse et collective des prisonniers politiques Moudjahidines du peuple n’aurait pas été possible. Un rôle pour lequel elle a payé un lourd tribut lors des interrogatoires, la torture et la déportation vers diverses prisons. Pouran a raconté une petite partie de ces souffrances dans un livre intitulé « Héros et héroïnes ».

Elle a écrit à propos de cette opération d’évasion: « Nos circonstances s’aggravaient, mais nous commencions à mieux maîtriser la situation et nous étions déterminées à résister. Depuis longtemps nous voulions porter un coup dur en nous évadant et envoyer un message au régime par l’innovation et la bravoure de notre plan : vous vous trompez si vous pensez pouvoir briser notre moral ou forcer un partisan de l’OMPI à capituler. Nous croyions fermement en ce que Massoud Radjavi avait dit : Le soleil reste le soleil, même en captivité. »

Pouran a passé cinq années dans les prisons de Khomeiny. Après sa libération, elle a rejoint la Résistance. Dans ses mémoires, nous rencontrons la résistance à n’importe quel prix. Un prix que cette grande révolutionnaire a payé tout au long de sa lutte, tant en prison qu’après sa libération et son retour dans les rangs de l’OMPI. Ce livre sur la vie de Pouran Najafi a été traduit et publié en anglais, en français et en italien. L’éditeur canadien a écrit dans la quatrième de couverture:

« Il y a des livres qui, à chaque fois qu’on les relit, vous apprennent quelque chose de nouveau. Les livres de souvenirs des geôles du régime des mollahs en font partie, comme celui de Pouran Najafi auteur de ‘‘Héros et héroïnes’’.

Pouran Najafi, qui a rejoint le combat pour la liberté de l’Iran en 1979, a passé cinq années dans les prisons de Khomeiny. Elle a résumé ces cinq années en 120 pages, qui à l’évidence ne racontent pas tout ce que cette femme Moudjahidine du peuple a subi. Mais ce qu’elle a écrit reflète bien la sauvagerie déchainée dont les femmes de l’OMPI étaient les victimes, la férocité des bourreaux de Khomeiny et de Khamenei et de tous les criminels au pouvoir en Iran. »

Le livre de Pouran Najafi assassinée par le régime iranien a été publié aux éditions Dedicaces en anglais et français au Canada. «Héros et héroïnes» est disponible en France en librairie ou sur internet. Chérissons sa mémoire en soutenant son livre.

https://dedicaces.ca/2020/10/31/heros-et-heroines-par-pouran-najafi/


https://dedicaces.ca/2020/07/26/heroes-and-heroines-memories-of-fallen-friends-by-pouran-najafi/

dimanche 2 février 2025

Conférence-débat à l’Espace culturel Georges-Brassens à Itteville, le 31 janvier 2025

Le vendredi 31 janvier à 20h, l’Espace culturel Georges-Brassens à Itteville a chaleureusement accueilli l’autrice Massoumeh Raouf pour une conférence-débat poignante sur la situation des résistants en Iran, son pays d'origine.


François Parolini, maire d'Itteville, accompagné de ses adjoints, a assisté à cet événement et a exprimé son soutien au combat du peuple iranien pour la liberté.

Lors de cette rencontre intitulée "Iran, Femme, Résistance, Liberté", Mme Raouf a livré un témoignage puissant et personnel sur l’histoire de l’Iran et la résistance courageuse des femmes face à la répression du régime en place. À travers ses propres expériences et ses ouvrages, elle a mis en lumière les souffrances et les luttes pour la liberté dans son pays natal.


Muriel Quoy, directrice culturelle de l’Espace culturel Georges-Brassens, a écrit :

"Merci à Massoumeh pour le combat qu’elle mène au nom de toutes ces femmes iraniennes. Itteville scelle sa volonté de soutenir les opprimés et dit non aux exécutions en Iran. Un acte fort pour un combat légitime. La cruauté et la barbarie contre l’humanité ne doivent plus exister. Au nom de tous les hommes, femmes et enfants, ne restons pas silencieux, dénonçons et condamnons ces horreurs. L’espoir est plus que jamais aux portes de l’Iran."

Cette soirée d’échanges a été un moment fort d'engagement et de sensibilisation, marquant la solidarité d'Itteville avec les victimes de la répression et leur lutte pour la liberté.