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jeudi 15 janvier 2026

Ô Mères d’Iran de Massoumeh Raouf : le cri d’une mère courage

 actualitte.com : Publié le : 15/01/2026 à 16:46 Christian Dorsan



« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie » avait déclaré Mendès-France à la tribune de l’Assemblée Nationale. L’Iran, pour son grand malheur, se prête parfaitement à cette maxime. Massoumeh Raouf, journaliste iranienne, a fui son pays à la suite de sa condamnation à 20 ans de réclusion. Elle réussit à s’évader de prison et a raconté sa détention ainsi que son évasion en 2022 aux éditions Balland dans Évasion de la prison d’Iran

Profondément marquée par l’exécution de son jeune frère, elle publie ensuite, Un petit prince au pays des mollahs aux éditions S-Active. Attentive à l’actualité de son pays, elle alerte et dénonce sans relâche les répressions des dirigeants et est convaincue, qu’un jour, le régime actuel tombera et qu’elle pourra revenir enfin dans son pays natal. Mais elle nous met en garde : le peuple iranien ne souhaite « ni mollahs ni Chah » et elle informe sur les fausses informations véhiculées par les médias.

Hasard de calendrier, Massoumeh Raouf publie prochainement, Ô Mères d’Iran, aux éditions Intervalles (06/03), un livre témoignage sur ces mères qui depuis des décennies vivent dans la douleur et la peur.

« Raconter, sans aucune censure, l’histoire de l’Iran »

Ce récit retrace la vie d’une mère, Ebrahimpour ,comme il y en a tant en Iran, qui voit sa famille détruite par le régime. Massoumeh Raouf nous confie que : « À travers ce roman, j’ai voulu retracer l’histoire réelle et contemporaine de l’Iran, de la dictature du Shah à celle des mollahs. On dit souvent que « l’histoire est écrite par les vainqueurs », mais la vérité est qu’ils la falsifient. Ils la déforment et la réécrivent selon leurs intérêts. Aujourd’hui encore, ils déploient toute leur énergie pour travestir la réalité et diffuser des fausses informations. »

Elle ne cache pas qu’à travers de ce roman, son ambition « était de raconter, sans aucune censure, l’histoire de l’Iran vue du cœur de la résistance, à travers la voix de ceux que l’on n’entend jamais : les mères. Si l’Iran est aujourd’hui en ébullition contre ce régime oppresseur et meurtrier, ce soulèvement est le résultat de décennies de lutte, de souffrance et de patience. Ces mères ont refusé que la mémoire de leurs enfants soit effacée. Elles ont transmis le flambeau de la résistance de génération en génération. Elles sont la fierté du peuple iranien. Elles ont appris aux nouvelles générations de femmes iraniennes le secret de la résistance et la clé de la liberté. »

Entre deuil et courage, ce roman à charge parle de la combativité de toutes les mères qui connaissent l’injustice et qui tirent une grande force des épreuves pour ne pas sombrer dans l’abattement et le désespoir. Il faut rappeler que les femmes sont toujours plus victimes que les hommes dans les régimes totalitaires et surtout religieux :

Je pense qu’elles sont avant tout les victimes de la folie des hommes. Il ne s’agit pas seulement d’une question de genre, mais d’un système idéologique profondément ancré dans la misogynie. Toutes les répressions, humiliations et souffrances que subissent les femmes et les mères — que ce soit au sein de la famille, de la société ou du pouvoir politique — reposent sur cette domination patriarcale.

Malheureusement, en Iran, depuis 47 ans, les fondements d’un régime corrompu et répressif reposent sur la misogynie institutionnalisée. Ce régime a revêtu les habits de la religion et de l’islam pour s’immiscer dans tous les aspects de la vie personnelle, sociale et politique des femmes, afin de mieux les contrôler et les opprimer. 

Face à cette violence, les mères sont devenues des figures de résistance et de courage. Ce livre est un cri de rage universel des mères qui perdent leur enfant et qui transforment la haine en amour, c’est un roman qui rend hommage à toutes les Iraniennes qui se nourrissent l’espoir d’un Iran enfin libre.

Nous laissons Massoumeh Raouf  clôturer cet article en parlant des mères qui ont perdu leur enfant : « Aucune mère ne peut supporter de voir son enfant souffrir, ne serait-ce qu’un instant. L’amour maternel est un amour absolu, offert par Dieu ou par la nature. C’est un amour pur, désintéressé, qui ne réclame rien pour soi, mais espère tout pour l’enfant. »

« J’ai découvert la profondeur de cet amour à travers l’âme et la tendresse de ma propre mère. Je me souviens qu’elle répétait sans cesse : "Que je meure avant vous, pour ne jamais avoir à témoigner de votre douleur." À l’époque, dans l’insouciance de ma jeunesse, je ne comprenais pas la portée de ses paroles. Mais au fil des épreuves, face à la détresse des mères de martyrs et à la perte de mon propre frère cadet, j’ai compris le sens de ces mots dans chaque cellule de mon corps. »

 

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