Opposante iranienne au régime des mollahs et ancienne journaliste, Massoumeh Raouf vient ce vendredi 23 janvier 2026 à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) animer une conférence, à 18 h 30, au cinéma Le Rex. Outre le récit de sa vie de résistante qu'elle a déjà consigné dans plusieurs ouvrages, elle va aussi témoigner de la situation actuelle en Iran.
Par Stéphane
Marchand
Publié le 21
janvier 2026
Invitée par le
café associatif et culturel Le Circonflexe, à Nogent-le-Rotrou,
l'opposante iranienne Massoumeh Raouf vient ce vendredi 23 janvier
2026 dans la capitale du Perche à la rencontre des élèves des lycées Sully
et Rémi-Belleau.
Le grand public
est attendu en nombre, vendredi soir, à la conférence qu'elle donnera à partir
de 18 h 30 au cinéma Le Rex.
Comment
vivez-vous la situation des manifestations qui se déroulent depuis quelques
mois en Iran ?
Pour être
honnête, il m’est extrêmement difficile et douloureux d’être témoin de tant de
souffrance et du meurtre de mes compatriotes sans défense. Il est insupportable
de voir ces criminels et ces bourreaux bénéficier d’une telle impunité.
Devant ces
scènes, mon cœur s’arrête de battre. Mais d’un autre côté, je suis rempli de
fierté devant la splendeur de la résistance et le courage du peuple iranien.
Des citoyens de tous âges et de toutes conditions se sont levés pour mettre fin
à un régime corrompu et responsable de décennies de violence et de répression.
Ils ont donné au mot “courage” un sens nouveau, non seulement pour les
Iraniens, mais pour l’humanité tout entière.
Pour beaucoup
d’Européens, l’Iran reste un pays lointain ; pour nous, chaque manifestation signifie
des vies brisées, des familles endeuillées et un peuple qui refuse de se taire.
Avez-vous
encore des proches ou de la famille qui vivent là-bas ? Avez-vous des nouvelles
? Comment endurent-ils la situation ?
Oui, j’ai de
nombreux proches et amis qui vivent là-bas. Malheureusement, en raison de la
coupure quasi totale d’Internet, je suis sans nouvelles directes. Ma ville,
Racht, a été le théâtre d’une répression d’une extrême violence entre le 8 et
le 10 janvier. Les témoignages recueillis auprès de ceux qui ont réussi à
quitter le pays ces derniers jours sont terrifiants. Pourtant, malgré cette
barbarie, les scènes de résistance sont grandioses. J’ai vu de courtes vidéos
où des familles, rassemblées devant les portes du cimetière Behecht-e Zahra,
près de Téhéran, pour enterrer leurs enfants, continuent de scander « Mort
à Khamenei ! » (*) Au moment du passage des cercueils de ces martyrs, la
foule applaudit et leur rend hommage avec des slogans tels que « Héros ! »
et « Honorables ! ». Cette force morale, portée notamment par les mères et les
femmes iraniennes, dépasse l’entendement.
Ces
manifestations sont-elles semblables à ce que vous avez connu quand vous étiez
en Iran ?
Oui, c’est
fondamentalement le même esprit de résistance, la même aspiration à la liberté,
à la démocratie et à la justice. Cependant, il y a une différence
majeure : malgré les vagues successives d’exécutions, de massacres et de
crimes contre l’humanité perpétrés par le régime depuis quatre décennies, la
lutte n’a jamais cessé. Au contraire, elle s’est transmise de génération en
génération, devenant chaque fois plus profonde, plus forte et plus universelle.
À l’époque, dans
les premières années de la révolution, le régime disposait encore d’une
certaine base populaire. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : selon
plusieurs analyses publiées même dans certains journaux iraniens, et au vu de
l’effondrement de leur base sociale, on estime que près de 90 % de la
population rejette ce système. Le peuple est uni dans sa volonté de mettre fin
à cette dictature fasciste religieuse. Le régime a déjà perdu sur tous les
fronts. Moralement et politiquement, l’idéal d’un Iran libre et démocratique a
déjà triomphé.
La répression
semble toujours aussi violente et cruelle… Le régime des mollahs est-il plus
puissant aujourd’hui ou est-il, comme certains le disent, affaibli ?
Ce régime a
gouverné avec la même cruauté et la même barbarie depuis son arrivée au
pouvoir. Il n’a jamais changé. Parfois, pour tromper les pays occidentaux, il
s’est maquillé pour faire croire à l’existence d’un courant “modéré”. Tout cela
n’était qu’un mirage. Malheureusement, certains partenaires économiques de
l’Occident ont longtemps préféré fermer les yeux, enivrés par l’odeur du
pétrole.
La voix des
Iraniens entendue
Depuis les années
1980, l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) et le Conseil
national de la Résistance iranienne (CNRI), une coalition de forces politiques
républicaines iraniennes, ont alerté la communauté internationale sur ces
crimes. À l’époque, peu voulaient entendre le cri du peuple iranien. Ce qui a
changé aujourd’hui, c’est l’ampleur de la résistance populaire et la répétition
des soulèvements. À l’ère d’Internet, la voix des Iraniens commence enfin à
être entendue.
« Le
peuple est uni dans sa volonté de mettre fin à cette dictature fasciste
religieuse. Le régime a déjà perdu sur tous les fronts. Moralement et
politiquement, l’idéal d’un Iran libre et démocratique a déjà triomphé »
Massoumeh
Raouf (opposante iranienne)
La réalité est
que ce régime est entré dans sa phase terminale. L’aspiration du peuple iranien
est une révolution pour un Iran libre et démocratique, et non pour un retour au
passé ou à une autre forme de dictature. Aujourd’hui, dans les rues d’Iran, le slogan
central de la population est sans équivoque : « Mort aux tyrans
qu’ils soient shah ou mollahs ! » C’est le cri d’une nation qui rejette toute forme de dictature.
Les
Américains, à travers les discours de Donald Trump, suivent la situation de
très près. Une intervention des États-Unis en Iran est-elle souhaitable ? Pourquoi ?
Non, je ne le
pense pas. La Résistance iranienne a affirmé, il y a déjà deux décennies, que
ni la guerre étrangère ni la complaisance avec le régime ne sont la solution.
Seul le soutien à la résistance organisée du peuple iranien peut réaliser le
changement et la transition vers la démocratie. Ce n’est plus une simple
théorie. La guerre de 12 jours en juin dernier l’a prouvé. Les événements des
derniers mois l’ont démontré : la chute du régime ne viendra ni d’une
intervention étrangère, ni de décisions prises dans les capitales mondiales. De
plus, ce régime ne s’effondrera pas de lui-même. Le changement est l’affaire du
peuple iranien et de sa résistance organisée sur le terrain.
Vous serez ce
vendredi 23 janvier 2026 à Nogent-le-Rotrou pour tenir des conférences et
raconter votre histoire. L’actualité du moment va-t-elle prendre le pas sur le
récit de votre vie ?
Oui, absolument.
Mon histoire personnelle n’est qu’un fragment de cette longue histoire de lutte
du peuple iranien pour la liberté et la démocratie. Mais l’ampleur et
l’importance de la révolution et du mouvement actuel sont si immenses qu’il
m’est impossible de ne pas m’y attarder. Mon récit de vie et l’actualité
brûlante ne font qu’un : ils racontent tous deux le prix de la liberté.
Raconter ma vie aujourd’hui, c’est avant tout raconter celle d’un peuple qui a
choisi la liberté, quel qu’en soit le prix.
Pratique : Massoumeh Raouf vient vendredi, à
10 heures, à la rencontre des élèves du lycée des métiers Sully puis, à
15 heures, des élèves du lycée Rémi-Belleau au sein
des studios de la webradio lycéenne Radio 2B. Conférence à 18 h 30 au cinéma Le Rex. Entrée gratuite. Possibilité de dîner avec la conférencière au Circonflexe sur réservation au 06.81.49.02.71.
(*) Ali
Khamenei est un ayatollah et homme d’État iranien, Guide suprême de la
Révolution islamique depuis 1989 après avoir été le président de la république
islamique d’Iran de 1981 à 1989.
Évadée des
geôles iraniennes
Sympathisante des
Moudjahidines du peuple d’Iran, opposants au régime des mollahs, Massoumeh
Raouf a été arrêtée et condamnée en 1981 à 20 ans de prison dans son pays où
elle était journaliste. Elle est parvenue à s’évader, au bout de huit mois
d’incarcération, de la prison de sécurité de Racht et a dû fuir son pays pour
se réfugier en France, mais elle n’a jamais cessé de plaider la cause du peuple
iranien. C’est ce dont elle témoigne dans un livre intitulé Évasion de
la prison d’Iran (Éditons Balland). Massoumeh Raouf, membre du Conseil
national de la résistance iranienne, a également écrit le récit du “Massacre
des 30.000” en 1988, dans lequel elle a perdu son frère cadet, Ahmad. Elle en
raconte les contours dans une BD intitulée Un Petit prince au pays des
mollahs.
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