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mardi 3 février 2026

« C’est le cri d’une nation qui rejette la dictature » : l'opposante iranienne Massoumeh Raouf sera vendredi en Eure-et-Loir

 Opposante iranienne au régime des mollahs et ancienne journaliste, Massoumeh Raouf vient ce vendredi 23 janvier 2026 à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) animer une conférence, à 18 h 30, au cinéma Le Rex. Outre le récit de sa vie de résistante qu'elle a déjà consigné dans plusieurs ouvrages, elle va aussi témoigner de la situation actuelle en Iran.

Par Stéphane Marchand

Publié le 21 janvier 2026


Invitée par le café associatif et culturel Le Circonflexe, à Nogent-le-Rotrou, l'opposante iranienne Massoumeh Raouf vient ce vendredi 23 janvier 2026 dans la capitale du Perche à la rencontre des élèves des lycées Sully et Rémi-Belleau.

Le grand public est attendu en nombre, vendredi soir, à la conférence qu'elle donnera à partir de 18 h 30 au cinéma Le Rex.

 

Comment vivez-vous la situation des manifestations qui se déroulent depuis quelques mois en Iran?

Pour être honnête, il m’est extrêmement difficile et douloureux d’être témoin de tant de souffrance et du meurtre de mes compatriotes sans défense. Il est insupportable de voir ces criminels et ces bourreaux bénéficier d’une telle impunité.

Devant ces scènes, mon cœur s’arrête de battre. Mais d’un autre côté, je suis rempli de fierté devant la splendeur de la résistance et le courage du peuple iranien. Des citoyens de tous âges et de toutes conditions se sont levés pour mettre fin à un régime corrompu et responsable de décennies de violence et de répression. Ils ont donné au mot “courage” un sens nouveau, non seulement pour les Iraniens, mais pour l’humanité tout entière.

Pour beaucoup d’Européens, l’Iran reste un pays lointain; pour nous, chaque manifestation signifie des vies brisées, des familles endeuillées et un peuple qui refuse de se taire.

 

Avez-vous encore des proches ou de la famille qui vivent là-bas ? Avez-vous des nouvelles ? Comment endurent-ils la situation ?

Oui, j’ai de nombreux proches et amis qui vivent là-bas. Malheureusement, en raison de la coupure quasi totale d’Internet, je suis sans nouvelles directes. Ma ville, Racht, a été le théâtre d’une répression d’une extrême violence entre le 8 et le 10 janvier. Les témoignages recueillis auprès de ceux qui ont réussi à quitter le pays ces derniers jours sont terrifiants. Pourtant, malgré cette barbarie, les scènes de résistance sont grandioses. J’ai vu de courtes vidéos où des familles, rassemblées devant les portes du cimetière Behecht-e Zahra, près de Téhéran, pour enterrer leurs enfants, continuent de scander « Mort à Khamenei ! » (*) Au moment du passage des cercueils de ces martyrs, la foule applaudit et leur rend hommage avec des slogans tels que « Héros ! » et « Honorables ! ». Cette force morale, portée notamment par les mères et les femmes iraniennes, dépasse l’entendement.

Ces manifestations sont-elles semblables à ce que vous avez connu quand vous étiez en Iran?

Oui, c’est fondamentalement le même esprit de résistance, la même aspiration à la liberté, à la démocratie et à la justice. Cependant, il y a une différence majeure : malgré les vagues successives d’exécutions, de massacres et de crimes contre l’humanité perpétrés par le régime depuis quatre décennies, la lutte n’a jamais cessé. Au contraire, elle s’est transmise de génération en génération, devenant chaque fois plus profonde, plus forte et plus universelle.

À l’époque, dans les premières années de la révolution, le régime disposait encore d’une certaine base populaire. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : selon plusieurs analyses publiées même dans certains journaux iraniens, et au vu de l’effondrement de leur base sociale, on estime que près de 90 % de la population rejette ce système. Le peuple est uni dans sa volonté de mettre fin à cette dictature fasciste religieuse. Le régime a déjà perdu sur tous les fronts. Moralement et politiquement, l’idéal d’un Iran libre et démocratique a déjà triomphé.



La répression semble toujours aussi violente et cruelle… Le régime des mollahs est-il plus puissant aujourd’hui ou est-il, comme certains le disent, affaibli?

Ce régime a gouverné avec la même cruauté et la même barbarie depuis son arrivée au pouvoir. Il n’a jamais changé. Parfois, pour tromper les pays occidentaux, il s’est maquillé pour faire croire à l’existence d’un courant “modéré”. Tout cela n’était qu’un mirage. Malheureusement, certains partenaires économiques de l’Occident ont longtemps préféré fermer les yeux, enivrés par l’odeur du pétrole.

La voix des Iraniens entendue

Depuis les années 1980, l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) et le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), une coalition de forces politiques républicaines iraniennes, ont alerté la communauté internationale sur ces crimes. À l’époque, peu voulaient entendre le cri du peuple iranien. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est l’ampleur de la résistance populaire et la répétition des soulèvements. À l’ère d’Internet, la voix des Iraniens commence enfin à être entendue.

« Le peuple est uni dans sa volonté de mettre fin à cette dictature fasciste religieuse. Le régime a déjà perdu sur tous les fronts. Moralement et politiquement, l’idéal d’un Iran libre et démocratique a déjà triomphé »

Massoumeh Raouf (opposante iranienne)

La réalité est que ce régime est entré dans sa phase terminale. L’aspiration du peuple iranien est une révolution pour un Iran libre et démocratique, et non pour un retour au passé ou à une autre forme de dictature. Aujourd’hui, dans les rues d’Iran, le slogan central de la population est sans équivoque : « Mort aux tyrans qu’ils soient shah ou mollahs! » Cest le cri dune nation qui rejette toute forme de dictature.

Les Américains, à travers les discours de Donald Trump, suivent la situation de très près. Une intervention des États-Unis en Iran est-elle souhaitable? Pourquoi?

Non, je ne le pense pas. La Résistance iranienne a affirmé, il y a déjà deux décennies, que ni la guerre étrangère ni la complaisance avec le régime ne sont la solution. Seul le soutien à la résistance organisée du peuple iranien peut réaliser le changement et la transition vers la démocratie. Ce n’est plus une simple théorie. La guerre de 12 jours en juin dernier l’a prouvé. Les événements des derniers mois l’ont démontré : la chute du régime ne viendra ni d’une intervention étrangère, ni de décisions prises dans les capitales mondiales. De plus, ce régime ne s’effondrera pas de lui-même. Le changement est l’affaire du peuple iranien et de sa résistance organisée sur le terrain.

Vous serez ce vendredi 23 janvier 2026 à Nogent-le-Rotrou pour tenir des conférences et raconter votre histoire. L’actualité du moment va-t-elle prendre le pas sur le récit de votre vie?

Oui, absolument. Mon histoire personnelle n’est qu’un fragment de cette longue histoire de lutte du peuple iranien pour la liberté et la démocratie. Mais l’ampleur et l’importance de la révolution et du mouvement actuel sont si immenses qu’il m’est impossible de ne pas m’y attarder. Mon récit de vie et l’actualité brûlante ne font qu’un : ils racontent tous deux le prix de la liberté. Raconter ma vie aujourd’hui, c’est avant tout raconter celle d’un peuple qui a choisi la liberté, quel qu’en soit le prix.

Pratique : Massoumeh Raouf vient vendredi, à 10 heures, à la rencontre des élèves du lycée des métiers Sully puis, à 15 heures, des élèves du lycée Rémi-Belleau au sein des studios de la webradio lycéenne Radio 2B. Conférence à 18h30 au cinéma Le Rex. Entrée gratuite. Possibilité de dîner avec la conférencière au Circonflexe sur réservation au 06.81.49.02.71.

(*) Ali Khamenei est un ayatollah et homme d’État iranien, Guide suprême de la Révolution islamique depuis 1989 après avoir été le président de la république islamique d’Iran de 1981 à 1989.

Évadée des geôles iraniennes

Sympathisante des Moudjahidines du peuple d’Iran, opposants au régime des mollahs, Massoumeh Raouf a été arrêtée et condamnée en 1981 à 20 ans de prison dans son pays où elle était journaliste. Elle est parvenue à s’évader, au bout de huit mois d’incarcération, de la prison de sécurité de Racht et a dû fuir son pays pour se réfugier en France, mais elle n’a jamais cessé de plaider la cause du peuple iranien. C’est ce dont elle témoigne dans un livre intitulé Évasion de la prison d’Iran (Éditons Balland). Massoumeh Raouf, membre du Conseil national de la résistance iranienne, a également écrit le récit du “Massacre des 30.000” en 1988, dans lequel elle a perdu son frère cadet, Ahmad. Elle en raconte les contours dans une BD intitulée Un Petit prince au pays des mollahs.

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