1er février 2026 - Ludovic Lascombe -
La journaliste iranienne et réfugiée politique était invitée du 1er salon du livre féministe à la Maison de la culture d’Amiens. Elle est revenue sur l’actualité de son pays ayant subi une répression violente du régime des Mollahs.
Massoumeh Raouf, réfugiée politique iranienne en France, a témoigné au salon du livre féministe d’Amiens
Réfugiée
politique en France depuis 1985, Massoumeh Raouf, journaliste iranienne, ayant
connu la prison et la torture sous le régime islamique de l’Ayatollah Khomeini, n’a
rien perdu de la ferveur de son combat pour un Iran démocratique et
égalitaire entre les hommes et les femmes.
Colloque avec d’autres auteurs féministes dont notre consœur du Courrier Picard Lilou
Invitée du 1er Salon du livre féministe, dimanche 1er février 2026, à la Maison de la Culture Amiens (MCA), cette sexagénaire, membre du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a témoigné de l’actualité récente, avec les manifestations populaires au début de l’année réprimées dans un bain de sang. Elle pense que l’heure de la fin est proche pour le régime des Mollahs grâce au rôle actif des femmes. Interview.
L’Iran est revenu au cœur de l’actualité de manière violente en ce début d’année. Quel est votre état d’esprit ?
C’est très, très dur de voir ce qu’il se passe dans mon pays. Ce régime a tué dans la rue des milliers de personnes qui manifestaient pacifiquement pour plus de liberté. Pour couvrir son crime, il a instauré un black-out total en coupant internet. Mais de nombreuses images et témoignages ont pu nous parvenir. Les vidéos tournées à la morgue de Kahrizak, près de la capitale Téhéran, devant laquelle des milliers de personnes tentent de récupérer les corps de leurs défunts dans des sacs mortuaires noirs sont révélatrices. Mais si le régime a réagi ainsi, c’est parce qu’il a peur et sait sa fin proche.
Votre frère a lui-même été tué lors d’une vague de répression en 1988, ce que vous racontez dans votre livre « Un petit prince au pays des Mollahs ».
Le régime des Mollahs a toujours fonctionné par la terreur. En 1988, l’ayatollah Khomeini avait lancé une fatwa pour éliminer la résistance intérieure. En quelques mois, les Gardiens de la Révolution ont tué 30 000 prisonniers politiques, dont mon frère qui était âgé seulement de 24 ans. En juillet 2025, l’agence de presse officielle du régime a évoqué cet épisode en justifiant que c’était un « acte défendable qu’il fallait répéter » pour sauvegarder la Révolution islamique. C’est exactement ce qu’ils viennent de faire lors de ce massacre inouï en quelques jours par son ampleur.
En tant qu’Iranienne exilée depuis 40 ans, pensez-vous qu’un jour votre pays retrouvera sa liberté ?
Pour moi c’est une évidence. Ce régime est désormais rejeté massivement par la population. Le mouvement de contestation qui a éclaté à la fin de l’année touche tout le territoire et les différentes couches de la société. Cependant le régime ne pourra tomber que par l’action de la résistance iranienne. Cela ne pourra pas se faire avec une intervention militaire étrangère ou en imposant un autre dictateur. Reza Pahlavi, le fils du Shah que ma génération a également combattu, n’est pas aussi populaire qu’affirment certains médias.
Vous êtes présente au Salon du livre féministe à Amiens. Quel rôle jouent les femmes dans votre pays dont on sait qu’elles ont déjà payé un lourd tribut ?
En Iran, les femmes qui sont plus diplômées que les hommes ont toujours joué un rôle d’avant-garde. Le mouvement des Moudjahidines du peuple iranien (à l’origine de la révolution de 1979) auquel j’appartiens prône une société égalitaire entre les hommes et les femmes. Depuis la mort de Mahsa Jina Amini (en décembre 2022, Ndlr) et le mouvement « Femme, vie, liberté » elles ont montré qu’elles sont la force de changement pour l’avenir de notre pays.
Une femme libre et puissante
Massoumeh Raouf, 65 ans, est le visage de ces femmes iraniennes qui combattent pour leur liberté souvent au péril de leur vie. Cette journaliste, membre de l'Organisation des moudjahidines du peuple iranien - défendant une société démocratique et laïque et une interprétation moderne de l'Islam - a participé au soulèvement populaire contre le régime du Shah d'Iran, en 1979 avant que leur révolution ne soit confisquée par les Mollahs, porteurs d'un islam rigoriste et anti-occidental.
Faite prisonnière en 1981, et torturée, elle réussit à s'évader et trouve refuge politiquement en France en 1985. Son frère Ahmad, resté au pays, est tué lors de la grande vague d'exécutions collectives contre les opposants au régime en 1988.
Aujourd'hui écrivaine, et vivant en région parisienne, elle intervient régulièrement dans les collèges et lycées pour relater l'histoire douloureuse de son pays et de la condition féminine.
par
Ludovic Lascombe
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