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mardi 14 avril 2026

"Le régime iranien est un système d’apartheid sexuel", selon Massoumeh Raouf, ex-journaliste et prisonnière politique

 


Ancienne journaliste, prisonnière politique évadée des geôles du régime iranien, Massoumeh Raouf raconte l’histoire de son pays à travers le regard d’une mère résistante dans son dernier livre, "Ô Mères d’Iran" (éditions Intervalles). Dans Les Couleurs de l’Info, elle rappelait le courage et le rôle central des femmes dans la révolte du peuple iranien contre les pouvoirs autoritaires à travers l’Histoire.

www.rtbf.be  Par Julien Beauvois

"Ce livre raconte la répression à travers le regard de ces femmes dont les enfants ont été arrêtés, torturés, exécutés hier comme aujourd’hui", explique Massoumeh Raouf. Elle-même a perdu son frère en 1988, massacré par le régime avec 30.000 autres prisonniers politiques.

L’autrice retrace des dizaines d’années de pouvoir autoritaire en s’appuyant sur le carnet de souvenirs de "mère Ebrahimpour", que cette dernière a confié à Massoumeh Raouf. "Elle est un symbole de ces mères combattantes. Elle a perdu ses quatre enfants, son mari, son gendre, et de nombreux membres de sa famille, à cause du régime. À travers son regard, on entre dans le cœur battant de la résistance".

 


Massoumeh Raouf à Paris, France en octobre 2022. © Eric Fougere/Corbis via Getty Images


Les femmes sont au cœur de la résistance face au régime misogyne des mollahs


Car les femmes iraniennes ne sont pas seulement des victimes ou des spectatrices de l’Histoire, selon la rescapée du régime. "Ce sont des femmes à qui on a interdit le deuil, mais qui ont su transformer cette douleur intime en force de résistance collective" estime-t-elle. "Elles transforment les funérailles de leurs enfants en un acte politique contre le régime. Après 
la répression du soulèvement de janvier 2026, les familles endeuillées dansaient et chantaient sur les tombes au lieu de pleurer. Ils applaudissaient les héros en disant au régime 'vous avez perdu, pas nous'".

Ces résistantes et combattantes incarnent pour Massoumeh Raouf "la force motrice du changement" face à un régime théocratique "basé sur la misogynie, dont la survie dépend de l’oppression des femmes. Dès 1979, le contrôle des femmes a été le premier acte de cette dictature. C’est un système d’apartheid sexuel". Mais l’oppression a surtout produit des générations de résistantes : "En plus de 44 ans, des milliers de femmes combattantes ont été emprisonnées, torturées, violées, exécutées. La résistance des femmes iraniennes s’est transmise de génération en génération".

Ni Shah, ni mollahs, Massoumeh Raouf refuse de revoir la monarchie en Iran

Massoumeh Raouf, soutien affirmé des Moudjahidines du peuple, réfute tout potentiel retour vers la monarchie en Iran, estimant que "les bourreaux ont changé de nom, mais les méthodes et les lieux de torture sont restés les mêmes. Les prisons du Shah sont devenues les centres de torture des mollahs. La dictature religieuse se construit sur les décombres de la dictature monarchique qui, en écrasant toute opposition démocratique, a pavé la voie à l’arrivée de l’intégrisme en Iran. Mais le peuple iranien ne se trompe pas. Dans la rue de l’Iran, le cri est clair : 'Ni Shah, ni mollahs'. Nous refusons tout retour vers le passé".

Elle condamne également "le silence assourdissant de la communauté internationale face à la barbarie qui dure depuis des décennies", la plus grande injustice faite à ces mères selon elle.

 Écoutez l’intégralité de cette interview dans le podcast Les Couleurs de l’Info .

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