Ancienne journaliste, prisonnière politique évadée des geôles du régime iranien, Massoumeh Raouf raconte l’histoire de son pays à travers le regard d’une mère résistante dans son dernier livre, "Ô Mères d’Iran" (éditions Intervalles). Dans Les Couleurs de l’Info, elle rappelait le courage et le rôle central des femmes dans la révolte du peuple iranien contre les pouvoirs autoritaires à travers l’Histoire.
www.rtbf.be Par Julien Beauvois
"Ce livre
raconte la répression à travers le regard de ces femmes dont les enfants ont
été arrêtés, torturés, exécutés hier comme aujourd’hui",
explique Massoumeh Raouf. Elle-même a perdu son frère en 1988,
massacré par le régime avec 30.000 autres prisonniers politiques.
L’autrice retrace
des dizaines d’années de pouvoir autoritaire en s’appuyant sur le carnet de
souvenirs de "mère Ebrahimpour", que cette dernière
a confié à Massoumeh Raouf. "Elle est un symbole de ces mères
combattantes. Elle a perdu ses quatre enfants, son mari, son gendre,
et de nombreux membres de sa famille, à cause du régime. À travers
son regard, on entre dans le cœur battant de la résistance".
Massoumeh Raouf à Paris, France en octobre 2022. © Eric Fougere/Corbis via Getty Images
Les femmes sont au cœur de la résistance face au régime misogyne des mollahs
Car les femmes
iraniennes ne sont pas seulement des victimes ou des spectatrices de
l’Histoire, selon la rescapée du régime. "Ce sont des femmes à qui on a
interdit le deuil, mais qui ont su transformer cette douleur intime en force de
résistance collective" estime-t-elle. "Elles transforment les
funérailles de leurs enfants en un acte politique contre le régime.
Après la répression du
soulèvement de janvier 2026, les familles endeuillées dansaient et chantaient
sur les tombes au lieu de pleurer. Ils applaudissaient les héros en disant au
régime 'vous avez
perdu, pas nous'".
Ces résistantes
et combattantes incarnent pour Massoumeh Raouf "la force motrice
du changement" face à un régime théocratique "basé sur la
misogynie, dont la survie dépend de l’oppression des femmes. Dès 1979, le contrôle des femmes a été le premier
acte de cette dictature. C’est un système d’apartheid sexuel". Mais l’oppression a surtout
produit des générations de résistantes : "En plus de 44 ans, des
milliers de femmes combattantes ont été emprisonnées, torturées, violées,
exécutées. La résistance des femmes iraniennes s’est transmise de génération en
génération".
Ni Shah, ni
mollahs, Massoumeh Raouf refuse de revoir la monarchie en Iran
Massoumeh Raouf,
soutien affirmé des Moudjahidines du
peuple, réfute tout potentiel retour
vers la monarchie en Iran, estimant que "les bourreaux ont changé de nom, mais les méthodes
et les lieux de torture sont restés les mêmes. Les prisons du Shah sont
devenues les centres de torture des mollahs. La dictature religieuse se
construit sur les décombres de la dictature monarchique qui, en écrasant toute
opposition démocratique, a pavé la voie à l’arrivée de l’intégrisme en Iran.
Mais le peuple iranien ne se trompe pas. Dans la rue de l’Iran, le cri est
clair : 'Ni Shah, ni mollahs'. Nous refusons tout retour vers le passé".
Elle condamne
également "le silence assourdissant de la communauté
internationale face à la barbarie qui dure depuis des décennies", la
plus grande injustice faite à ces mères selon elle.
► Écoutez
l’intégralité de cette interview dans le podcast Les Couleurs de
l’Info .


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