Massoumeh
Raouf, est une ancienne journaliste et prisonnière politique du régime des
mollahs en Iran. A travers ses ouvrages, elle explique ce qu'elle a vécu et ce
pourquoi elle se bat. Elle nous livre sa vision des événements actuels dans son
pays natal.
Massoumeh Raouf,
est une ancienne journaliste et prisonnière politique du régime des mollahs en
Iran. Elle vit dans un département voisin de l'Oise, mais elle vient
régulièrement dans les Hauts-de-France pour dédicacer ses ouvrages sur des
salons du livre notamment.
En effet, arrêtée
en 1981, condamnée à 20 ans de prison, elle s’est évadée au bout de 8 mois,
période qu’elle relate dans Évasion de la
prison d’Iran paru en 2022 chez Balland.
En 1988, son
frère cadet est exécuté lors du massacre des 30 000 prisonniers politiques
iraniens. Elle lui rend hommage en publiant une bande-dessinée Un petit prince
au pays des mollahs aux Éditions
S-Active. Ô mères d’Iran est son troisième livre. Elle vit en exil depuis
les années 1980. Elle a reçu la Médaille d’Argent littéraire 2025 de la Société
des Auteurs et Artistes Francophones (SAAF).
Au sommaire :
- "J'avais seulement 20 ans et
toute ma vie basculait"
- "Nous étions une famille de
résistance"
- La France, symbole de universel de la
liberté
- L'Iran vit un tournant important dans
son histoire
- "Les changements durables
naissent de la volonté des peuples eux-mêmes"
- L'avenir de l'Iran dépendra du peuple
iranien
- Massoumeh Raouf sera en dédicace
Massoumeh
Raouf : L’histoire
contemporaine de l’Iran est celle d’un peuple qui n’a cessé de lutter pour la
liberté face à deux formes de dictature successives. Sous la monarchie des
Pahlavi, le pays était gouverné par un pouvoir autoritaire appuyé sur une
police politique redoutée, la SAVAK. La société iranienne aspirait pourtant à
davantage de libertés politiques et à une véritable participation populaire à
la vie publique. Malgré la répression, une génération entière de jeunes
Iraniens portait déjà l’espoir d’un Iran libre et démocratique.
La révolution de
1979 est née de cette aspiration profonde. Des millions d’Iraniens sont
descendus dans les rues pour renverser la dictature du Shah avec l’espoir
d’ouvrir une nouvelle ère de liberté et de justice. Mais cet espoir a été
rapidement confisqué par l’instauration d’un régime théocratique dirigé par
Khomeini, fondé sur le principe du Velayat-e Faqih, c’est-à-dire la
tutelle absolue du guide religieux sur l’État et la société.
Très vite, toutes
les libertés pour lesquelles le peuple iranien s’était soulevé ont été
écrasées. Les partis politiques ont été interdits, la presse indépendante
réduite au silence et toute opposition assimilée à une trahison contre Dieu.
Parmi les mouvements qui refusaient la confiscation de la révolution se
trouvait l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran, qui défendait
l’idée d’une république démocratique, indépendante et fondée sur les droits du
peuple.
Le régime a
répondu par une répression massive. Depuis l’instauration de la République
islamique, plus de 120 000 opposants politiques ont été exécutés. Le point
culminant de cette tragédie a été le massacre de 1988, au cours duquel environ
30 000 prisonniers politiques ont été exécutés en quelques mois seulement après
des procès sommaires. Parmi ces victimes se trouvait mon propre frère, Ahmad
Raouf Basharidoust, exécuté pour ses convictions.
Mais cette
histoire ne s’arrête pas aux années 1980. Depuis plus de quatre décennies, le
peuple iranien n’a jamais cessé de résister. Plusieurs soulèvements populaires
ont éclaté ces dernières années — en 2017, 2019, 2022 et au-delà — montrant que
la société iranienne rejette désormais l’ensemble du système. Chaque fois, la
réponse du régime a été la même : la répression, les arrestations massives et
les exécutions.
La dernière
illustration tragique de cette réalité est le massacre des manifestants lors
des événements de janvier 2026, lorsque les forces du régime ont ouvert le feu
sur des protestataires dans plusieurs villes du pays. Plusieurs milliers de
personnes ont été tuées pour avoir simplement réclamé la liberté. Cette
violence révèle la nature véritable de ce pouvoir : un régime qui ne survit que
par la peur et le sang, face à un peuple qui, malgré tout, continue de réclamer
son droit à la liberté et à la démocratie.
"J'avais seulement 20 ans et toute ma vie
basculait"
Vous avez
milité contre le régime des Mollahs, vous avez été emprisonnée en 1981. Malgré
cela, vous avez continué votre combat. Pourquoi ?
Mon engagement
est né à la fois d’une conviction politique et d’une expérience personnelle
profondément marquante. Lorsque la révolution de 1979 a éclaté, ma génération
pensait sincèrement participer à la naissance d’un Iran libre. Mais très
rapidement, nous avons compris que la révolution avait été détournée par les
mollahs, qui ne toléreraient aucune opposition.
En tant que jeune
journaliste et militante de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran
(OMPI) — des musulmans progressistes — j’ai commencé à documenter les
injustices et la répression. Après juin 1981, lorsque l’OMPI a été déclarée
illégale et son journal interdit, collecter des informations, des témoignages
et des photos pour dénoncer les crimes du régime est devenu une tâche
essentielle, mais extrêmement dangereuse. C’est cette tragédie et la brutalité
que je constatais qui m’ont poussée à prendre la plume : témoigner et écrire
sont devenus ma mission.
Le 13 septembre
1981, j’ai été arrêtée dans la rue. À l’époque, un simple soupçon de sympathie
pour l’opposition suffisait pour être arrêté, torturé, et parfois exécuté sans
aucun procès. Mon propre « procès » a été une parodie de justice de dix minutes
: sans avocat, sans preuve ni droit à une défense, j’ai été condamnée à 20 ans
de prison. J’avais seulement 20 ans et toute ma vie basculait.
Malgré la prison
et la répression, j’ai continué mon combat pour une raison simple : lorsqu’on
voit ses amis emprisonnés, torturés ou exécutés pour leurs idées, renoncer
devient moralement impossible. Je ressens aujourd'hui le devoir de continuer à
porter la voix des victimes, pour que leurs sacrifices ne soient pas oubliés.
Défendre la liberté est une responsabilité envers ceux qui ont payé le prix le
plus lourd.
Pourriez-vous
expliquer la vie quotidienne en Iran à l'époque ?
J'ai tenté de
traiter cette période en détail dans mes livres : « Un Petit Prince au pays des
mollahs », « Évasion de la prison d’Iran », et mon dernier ouvrage « Ô mères
d’Iran ». Au début des années 1980, la vie quotidienne était marquée par un
basculement brutal : le « printemps de la liberté » après la chute du Chah a
été de très courte durée, laissant place à la dictature du Guide Suprême.
Le climat était
dominé par une peur constante. Khomeini avait prévenu : « Je briserai les
stylos ». Les milices du Hezbollah et les pasdarans harcelaient quiconque osait
porter un idéal différent. Je me souviens de l’agression sauvage que j’ai subie
en plein centre de Racht, simplement pour avoir distribué le journal Moudjahid.
J’ai été lynchée par des dizaines de nervis qui m’ont frappée au sol jusqu’au
sang. C’était cela, la réalité quotidienne : une violence arbitraire où un
simple soupçon suffisait pour être arrêté ou torturé.
Malgré cette
oppression, la société restait profondément vivante. La jeunesse était avide de
savoir et de liberté. Je me rappelle les cours de philosophie de Massoud
Radjavi, dirigeant de l’OMPI, notamment à l'Université de Téhéran, où des
milliers de jeunes se pressaient pour écouter une vision progressiste de
l'islam, capable de contrer l'intégrisme montant. Mais ce dynamisme se payait
au prix fort.
Enfin, le
véritable tournant a été le déclenchement de la guerre entre l’Iran et l’Irak
en septembre 1980. Khomeini a cyniquement utilisé ce conflit comme un outil de
diversion pour détourner l’attention des revendications démocratiques de la
société. Sous prétexte de "guerre contre l'ennemi étranger", l'espace
politique s'est brutalement refermé et les voix discordantes ont été réduites
au silence au nom de l'unité nationale. C’est dans ce climat de militarisation
extrême que la répression contre nous est devenue systématique. Cette stratégie
— qui consiste à utiliser des crises extérieures pour justifier la terreur
intérieure et consolider l'hégémonie du Guide Suprême — est d'ailleurs une
méthode que le régime continue d'appliquer encore aujourd'hui pour étouffer
toute aspiration à la liberté.
Combien de
temps êtes-vous restée prisonnière ?
J’ai passé
exactement 233 jours dans les geôles du régime. Cela peut paraître court à
l'échelle d'une vie, mais dans l'univers carcéral, chaque minute pèse une
éternité. Ces huit mois ont été le point de bascule définitif de mon existence
: je suis entrée jeune fille idéaliste, je suis ressortie après mon évasion
avec une mission qui dure depuis plus de quarante ans.
"Nous étions une famille de résistance"
Pourriez-vous
expliquer la vie en prison ? Comment survit-on à cela ?
La vie en prison
était dure. Une tentative quotidienne de déshumanisation par nos tortionnaires.
Les interrogatoires ne cherchaient pas seulement des informations, mais
visaient à briser notre dignité. Cependant, au cœur de cette obscurité, une
lumière subsistait : la solidarité entre prisonnières politiques. Nous n'étions
pas seulement des codétenues, nous étions une famille de résistance. Nous
partagions tout, du morceau de pain à nos espoirs les plus fous, pour ne pas
sombrer.
Ce qui me hante
et m'anime à la fois, c'est le souvenir des visages de ma cellule. Je revois
ces jeunes femmes, certaines à peine sorties de l'enfance, qui gardaient un
sourire et une détermination intacte malgré les tortures. Elles ont été presque
toutes exécutées, dont beaucoup lors du grand massacre de 1988. Survivre à cela
ne se fait pas sans douleur ; on survit en transformant le traumatisme en
témoignage. C'est pour cela que j'ai écrit Évasion de la prison d’Iran.
Pour moi, écrire n'est pas un exercice littéraire, c'est un acte de justice.
C’est ma façon de faire sortir mes amies de l'oubli et de montrer au monde que,
même derrière les murs les plus épais, l'esprit de résistance reste invincible.
Chaque ligne de mes livres est un message d'espoir envoyé aux nouvelles
générations qui, aujourd'hui encore dans les rues de Téhéran ou de Racht,
affrontent la même barbarie.
Vous avez
perdu votre frère dans un massacre. Comment fait-on le deuil d'une expérience
aussi traumatique ?
On me demande
souvent comment on fait le deuil d'une telle tragédie. Ma réponse est celle que
je porte en moi depuis des décennies : oui, le temps passe, mais la douleur
reste. Pour Ahmad, comme pour les 30 000 autres prisonniers, le régime a refusé
de rendre les corps ou d'indiquer les sépultures, créant ce qu'Amnesty
International appelle une « torture ininterrompue » pour nous, les familles.
Mon cher frère
cadet, Ahmad, était un héros au courage immense. Il n’avait que 17 ans
lorsqu’il a été arrêté lors d’un raid des Gardiens de la Révolution à notre
domicile, avant même mon évasion. Ce n'est qu'après ma fuite qu'ils l'ont
injustement accusé de complicité pour justifier son maintien en détention.
Malgré plus de cinq années de prison et de tortures, Ahmad n'a jamais fléchi.
Il a porté en lui, jusqu'au bout, un rêve de liberté pour l'Iran. J'ai pu
recueillir les témoignages de ses compagnons de cellule : ils m'ont raconté sa
résistance héroïque, son sourire qui redonnait espoir aux autres, et sa dignité
face aux bourreaux.
Finalement, Ahmad
a été exécuté en 1988 avec ses compagnons de l'OMPI, à la suite de la fatwa de
Khomeini ordonnant l’exécution des prisonniers politiques. Ce massacre de masse
a été l'acte fondateur pour consolider l'hégémonie du Guide Suprême par le sang.
Raconter son histoire était pour moi un besoin vital. Dans ma bande
dessinée, Un petit prince au pays des mollahs, j'ai voulu que ce
soit Ahmad lui-même qui s'adresse au monde pour montrer que ces victimes
étaient des jeunes pleins de vie, représentant les meilleurs espoirs de notre
société. Aujourd'hui, que ce soit à travers le rapport de l'ONU de juillet 2024
qualifiant ce crime de « génocide » ou la résolution de l'Assemblée générale de
novembre 2025, mon objectif reste le même : transformer ce calvaire en un
levier pour la justice, afin que le sacrifice d'Ahmad ne soit jamais oublié.
Pourriez-vous
expliquer comment vous êtes-vous échappée de prison ?
Il est difficile
de résumer une telle expérience en quelques mots. J’ai tenté de la raconter en
détail dans mon livre Évasion de la prison d’Iran. Cette évasion
s’est déroulée dans une prison de haute sécurité à Racht, au nord de l’Iran,
sous le contrôle des redoutables Gardiens de la Révolution. Dans un tel lieu,
l’idée même de s’évader semble irréalisable, presque un rêve inaccessible.
Pourtant, ce qui peut transformer l’impossible en réalité, c’est la volonté
inébranlable de ceux qui refusent de se soumettre.
Avec cet esprit
de résistance collective, nous — les filles des Moudjahidines du peuple d’Iran
— avons décidé de tenter l’impossible. Pour nous, cette évasion n’était pas
seulement une quête de liberté individuelle, mais un message clair et puissant
adressé au régime des mollahs : "Vous ne briserez pas notre
résistance."
Les risques
étaient immenses. Nous savions qu’à tout moment, nous pouvions être repérées
par les tours de surveillance des pasdarans. Un seul tir de mitrailleuse aurait
suffi à nous abattre. Si nous étions capturées, la torture ou l’exécution nous
attendaient inévitablement. Honnêtement, je ne pensais pas sortir vivante de
cette opération.
Mais pour nous,
cette tentative allait bien au-delà de la peur. Elle incarnait notre refus de
céder, notre lutte pour la liberté et notre détermination à montrer que, même
face à un régime armé et oppressif, aucune prison, aucun mur, ne peut enfermer
l’esprit de résistance et la volonté des Moudjahidines du peuple d’Iran.
La France, symbole de universel de la liberté
Comment
êtes-vous arrivée en France ? Pourquoi la France ?
Après mon
évasion, j'ai vécu deux années d'une intensité extrême dans la clandestinité.
Le danger était permanent : face à une résistante, le régime est sans merci et
je risquais à chaque instant d'être arrêtée et exécutée. Des familles
courageuses risquaient elles-mêmes la peine de mort pour m’avoir accueillie.
Bien que je ne voulais pas quitter mon pays, ma condamnation à mort m’a
contrainte à l’exil pour pouvoir continuer la lutte contre le régime des
mollahs.
Mon départ a été
une véritable odyssée organisée par les réseaux de la Résistance. J'ai d'abord
gagné le Kurdistan iranien, puis j’ai franchi la frontière vers l’Irak à
cheval, guidée par des sympathisants kurdes. Après plusieurs mois d'attente en
Irak, j'ai déposé une demande d’asile et suis finalement arrivée en France en
1985. Pourquoi la France ? Parce qu’elle représentait pour moi le symbole
universel de la liberté, de la Résistance au fascisme et des droits de l’homme.
Bien que je ne parlais pas un mot de français à mon arrivée, je connaissais
déjà ce pays à travers sa culture et sa littérature.
Comment vous
êtes-vous reconstruite ?
Ma reconstruction
s'est faite par la culture et l'engagement. Apprendre le français a été mon
premier défi, une aventure qui m'a permis de m'approprier ma nouvelle terre
d'accueil. Grâce à la solidarité des Français, j'ai pu m'intégrer et poursuivre
mon combat pour les droits humains.
L'écriture a été
l'outil principal de cette résilience. Après la publication de mes livres, j'ai
participé à plus de 120 salons du livre à travers la France. Rencontrer des
milliers de citoyens, échanger avec eux et voir leur émotion face à mon
histoire m'a donné une force immense. C’est en brisant le mur du silence et en
créant ce lien direct avec le public que j'ai trouvé un sens à mon exil.
Aujourd'hui, je poursuis ce travail de mémoire, notamment dans les collèges et
lycées avec le programme de Pass Culture, car transmettre l'esprit de
résistance aux jeunes générations est ma façon de garder cette flamme vivante
jusqu'à la libération de mon pays.
Vous êtes
membres du conseil de résistance irannienne. Comment a pris forme votre combat
depuis la France ?
Depuis mon
arrivée en exil, j’ai poursuivi mon engagement au sein du Conseil national de
la Résistance iranienne. Cette coalition politique existe depuis 1981 et agit
comme un véritable parlement en exil regroupant différentes tendances
politiques, des libéraux aux progressistes, ainsi que des personnalités issues
de diverses composantes de la société iranienne.
Son objectif est
de préparer une transition démocratique en Iran et de défendre un projet de
république laïque fondée sur les droits humains, l’égalité entre les femmes et
les hommes et la séparation de la religion et de l’État.
L'Iran vit un tournant important dans son histoire
Depuis les
frappes américaines et israëliennes, quelle a été votre réaction ?
La situation
actuelle représente sans aucun doute un tournant important dans l’histoire de
l’Iran. Les frappes militaires américaines et israéliennes, et en particulier
la disparition d’Ali Khamenei, le tyran sanguinaire, ont provoqué un choc
politique majeur au sein du système du Velayat-e Faqih. Depuis plus de trois
décennies, ce système reposait largement sur son autorité personnelle et sur
l’équilibre fragile qu’il maintenait entre les différentes factions du pouvoir.
Cependant, il est
essentiel d’analyser cette situation avec lucidité. La disparition d’un
dirigeant, même central, ne signifie pas automatiquement l’effondrement
immédiat d’un régime autoritaire. Le pouvoir en Iran ne repose pas uniquement
sur une personne, mais sur un appareil politique et sécuritaire très structuré.
Les Gardiens de la Révolution, les services de renseignement et les différentes
institutions idéologiques du régime constituent encore un réseau puissant
capable de maintenir la répression.
Dans toute
guerre, ce sont malheureusement les populations civiles qui paient le prix le
plus lourd. Les Iraniens vivent déjà depuis des décennies sous la pression d’un
régime répressif, mais aussi sous le poids de crises économiques et de tensions
internationales permanentes. Il est donc fondamental que la priorité reste la
protection du peuple iranien et la solidarité avec ses aspirations légitimes à
la liberté.
"Les changements durables naissent de la volonté des
peuples eux-mêmes"
Avez-vous un
nouvel espoir ?
Oui, malgré la
gravité de la situation actuelle, il existe aujourd’hui des raisons d’espérer.
Mais cet espoir ne repose ni sur les bombardements ni sur une intervention
extérieure. L’histoire montre que les changements politiques durables naissent
avant tout de la volonté des peuples eux-mêmes.
Le 28 février, un
élément important a également ravivé cet espoir : l’annonce de la mise en place
d’un gouvernement provisoire chargé de transférer la souveraineté au peuple et
d’instaurer une république démocratique sur la base du plan en 10 points.
Pour les
Iraniens, cette initiative représente la preuve qu’une alternative démocratique
crédible au régime actuel existe. Le gouvernement provisoire proposé par le
CNRI, dirigé par Mme Maryam Radjavi, aurait une mission limitée dans le temps.
Sa tâche serait d’assurer la transition démocratique pendant une période
d’environ six mois, le temps d’organiser des élections libres pour une
Assemblée constituante chargée de décider de la future Constitution du pays.
Que
pensez-vous de la nomination de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême ?
L’arrivée de
Mojtaba Khamenei au sommet de l’État illustre la dépendance du régime à l’égard
du nom de Khamenei et sa volonté de transformer la République islamique en une
dynastie cléricale.
La nomination de
Mojtaba Khamenei ne symbolise pas seulement la continuité, mais
l’officialisation d’une “monarchie héréditaire” au cœur du pouvoir
théocratique. Ce système, qui prétendait représenter la justice religieuse et
la révolution, se transforme ouvertement en un mécanisme dynastique visant à
maintenir un pouvoir illégitime.
Avez-vous
encore de la famille et des proches en Iran ? Si oui, pouvez-vous nous dire ce
qui se passe concrètement sur place, si vous avez des nouvelles ?
Oui. C’est très
dur pour eux. Dans mon livre Évasion de la prison d’Iran, j’ai raconté le
calvaire de mon frère aîné, Mahmoud, en décrivant à quel point lui et sa
famille ont été harcelés par le régime et arrêtés à plusieurs reprises. Mon
frère est décédé durant l'épidémie de Covid-19, mais malgré cela, même les
membres les plus éloignés de ma famille ne sont pas à l’abri.
En raison de mes
activités en exil, ils sont toujours sous la surveillance du régime. En mars
2025, j’ai découvert par hasard sur Internet des articles en persan truffés de
mensonges, illustrés par mes propres photos. C’est à travers ces publications
officielles que j’ai appris qu’un membre de ma famille avait été convoqué par
le ministère des Renseignements, qui cherchait à découvrir mes liens avec eux.
Certains de mes concitoyens m’informent de la situation par des messages privés
sur Instagram ou Telegram. Ils suivent mes activités et en sont fiers, mais en
raison de la répression, ils sont contraints d'agir avec une extrême prudence.
L'avenir de l'Iran dépendra du peuple iranien
Qu'est ce qui
mettra fin à cette guerre, selon vous? Pensez-vous que cette guerre entraînera
la chute du régime des Mollahs?
La guerre, à elle
seule, ne peut pas résoudre la crise politique iranienne. Les bombardements ou
les confrontations militaires peuvent affaiblir un régime, mais ils ne
suffisent pas à provoquer sa chute durable. L’histoire récente nous montre que
les transformations politiques profondes viennent avant tout de l’intérieur des
sociétés.
La véritable
question est donc celle du rapport entre le régime et la société. Depuis
plusieurs années, la population iranienne exprime de plus en plus ouvertement
son rejet du pouvoir des mollahs. Les manifestations se sont multipliées,
malgré une répression extrêmement brutale.
Encore récemment,
lors des protestations de janvier 2026, le régime a répondu par la violence
contre les manifestants, faisant des milliers de victimes. Cette stratégie de
répression systématique montre à quel point le pouvoir craint la mobilisation
populaire.
C’est pourquoi
l’avenir de l’Iran dépendra avant tout de la capacité du peuple iranien et de
sa résistance organisée à reprendre leur souveraineté nationale et à instaurer
un système politique fondé sur la démocratie, la séparation de la religion et
de l’État et le respect des droits humains.
Que
souhaitez-vous aujourd'hui pour votre pays ?
Comme beaucoup
d’Iraniens en exil, mon souhait le plus profond est de voir un jour mon pays
devenir une nation libre, démocratique et en paix avec le monde.
Je rêve d’un Iran
où les citoyens pourront choisir librement leurs dirigeants, où la liberté
d’expression sera respectée et où personne ne sera emprisonné pour ses opinions
politiques ou ses convictions. Un Iran où les femmes auront les mêmes droits
que les hommes et où la diversité culturelle et religieuse sera reconnue et
respectée.
La liberté, la
démocratie et la paix sont les aspirations fondamentales du peuple iranien.
Je reste
profondément optimiste. Être résistante signifie croire que le changement est
possible, même lorsque le chemin est long et difficile. Le peuple iranien a
montré à plusieurs reprises qu’il ne renoncera pas à son aspiration à la
liberté.
Je garde l’espoir
qu’un jour je pourrai retourner dans mon pays, dans un Iran libre et
démocratique.
Massoumeh Raouf sera en dédicace
Vous êtes
auteure. Avez-vous des dates de dédicaces ou de rencontres d'auteurs prévues
prochainement où chacun peut venir à votre rencontre ?
Mon nouveau
livre, « Ô mères d’Iran » (Éditions Intervalles), est désormais disponible chez
tous les libraires. À travers ce livre, j’ai voulu montrer que les femmes
iraniennes ne sont pas de simples spectatrices de l’histoire, mais les actrices
centrales de la résistance. Chaque page est un hommage à celles qui se tiennent
debout dans la tourmente et qui élèvent leur voix quand tout le monde se tait.
Alors je reçois
différentes invitations pour des conférences et des salons du livre. Mais il
m’est malheureusement impossible de répondre favorablement à toutes ces
invitations. Pour l’instant, voici les salons auxquels j’ai confirmé ma
participation :
- Salon du livre de Villiers-sous-Grez
(77), en Seine-et-Marne, le 12 avril 2026
- Festival du Livre de Paris, les 17,
18 et 19 avril 2026, sur le stand d’Éditions Intervalles
- Salon du livre du château de Carel,
samedi 23 mai 2026, à Saint-Pierre-sur-Dives
- Salon du livre de Vernon (Eure),
dimanche 24 mai 2026, au Château de Bizy, Vernon (Eure)
- Salon du livre historique
d’Île-de-France, à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), en novembre 2026.

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