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vendredi 13 mars 2026

Guerre en Iran – Massoumeh Raouf : « Pour moi, écrire est un acte de justice »

 


Massoumeh Raouf, est une ancienne journaliste et prisonnière politique du régime des mollahs en Iran. A travers ses ouvrages, elle explique ce qu'elle a vécu et ce pourquoi elle se bat. Elle nous livre sa vision des événements actuels dans son pays natal.

Massoumeh Raouf, est une ancienne journaliste et prisonnière politique du régime des mollahs en Iran. Elle vit dans un département voisin de l'Oise, mais elle vient régulièrement dans les Hauts-de-France pour dédicacer ses ouvrages sur des salons du livre notamment.

En effet, arrêtée en 1981, condamnée à 20 ans de prison, elle s’est évadée au bout de 8 mois, période qu’elle relate dans Évasion de la prison d’Iran paru en 2022 chez Balland.

En 1988, son frère cadet est exécuté lors du massacre des 30 000 prisonniers politiques iraniens. Elle lui rend hommage en publiant une bande-dessinée Un petit prince au pays des mollahs aux Éditions S-Active. Ô mères d’Iran est son troisième livre. Elle vit en exil depuis les années 1980. Elle a reçu la Médaille d’Argent littéraire 2025 de la Société des Auteurs et Artistes Francophones (SAAF).

Au sommaire :

En tant qu'ancienne journaliste, pourriez-vous rappeler l'histoire de votre pays en quelques phrases ? 

Massoumeh Raouf : L’histoire contemporaine de l’Iran est celle d’un peuple qui n’a cessé de lutter pour la liberté face à deux formes de dictature successives. Sous la monarchie des Pahlavi, le pays était gouverné par un pouvoir autoritaire appuyé sur une police politique redoutée, la SAVAK. La société iranienne aspirait pourtant à davantage de libertés politiques et à une véritable participation populaire à la vie publique. Malgré la répression, une génération entière de jeunes Iraniens portait déjà l’espoir d’un Iran libre et démocratique.

La révolution de 1979 est née de cette aspiration profonde. Des millions d’Iraniens sont descendus dans les rues pour renverser la dictature du Shah avec l’espoir d’ouvrir une nouvelle ère de liberté et de justice. Mais cet espoir a été rapidement confisqué par l’instauration d’un régime théocratique dirigé par Khomeini, fondé sur le principe du Velayat-e Faqih, c’est-à-dire la tutelle absolue du guide religieux sur l’État et la société.

Très vite, toutes les libertés pour lesquelles le peuple iranien s’était soulevé ont été écrasées. Les partis politiques ont été interdits, la presse indépendante réduite au silence et toute opposition assimilée à une trahison contre Dieu. Parmi les mouvements qui refusaient la confiscation de la révolution se trouvait l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran, qui défendait l’idée d’une république démocratique, indépendante et fondée sur les droits du peuple.

Le régime a répondu par une répression massive. Depuis l’instauration de la République islamique, plus de 120 000 opposants politiques ont été exécutés. Le point culminant de cette tragédie a été le massacre de 1988, au cours duquel environ 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés en quelques mois seulement après des procès sommaires. Parmi ces victimes se trouvait mon propre frère, Ahmad Raouf Basharidoust, exécuté pour ses convictions.

Mais cette histoire ne s’arrête pas aux années 1980. Depuis plus de quatre décennies, le peuple iranien n’a jamais cessé de résister. Plusieurs soulèvements populaires ont éclaté ces dernières années — en 2017, 2019, 2022 et au-delà — montrant que la société iranienne rejette désormais l’ensemble du système. Chaque fois, la réponse du régime a été la même : la répression, les arrestations massives et les exécutions.

La dernière illustration tragique de cette réalité est le massacre des manifestants lors des événements de janvier 2026, lorsque les forces du régime ont ouvert le feu sur des protestataires dans plusieurs villes du pays. Plusieurs milliers de personnes ont été tuées pour avoir simplement réclamé la liberté. Cette violence révèle la nature véritable de ce pouvoir : un régime qui ne survit que par la peur et le sang, face à un peuple qui, malgré tout, continue de réclamer son droit à la liberté et à la démocratie.

"J'avais seulement 20 ans et toute ma vie basculait"

Vous avez milité contre le régime des Mollahs, vous avez été emprisonnée en 1981. Malgré cela, vous avez continué votre combat. Pourquoi ? 

Mon engagement est né à la fois d’une conviction politique et d’une expérience personnelle profondément marquante. Lorsque la révolution de 1979 a éclaté, ma génération pensait sincèrement participer à la naissance d’un Iran libre. Mais très rapidement, nous avons compris que la révolution avait été détournée par les mollahs, qui ne toléreraient aucune opposition.

En tant que jeune journaliste et militante de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI) — des musulmans progressistes — j’ai commencé à documenter les injustices et la répression. Après juin 1981, lorsque l’OMPI a été déclarée illégale et son journal interdit, collecter des informations, des témoignages et des photos pour dénoncer les crimes du régime est devenu une tâche essentielle, mais extrêmement dangereuse. C’est cette tragédie et la brutalité que je constatais qui m’ont poussée à prendre la plume : témoigner et écrire sont devenus ma mission.

Le 13 septembre 1981, j’ai été arrêtée dans la rue. À l’époque, un simple soupçon de sympathie pour l’opposition suffisait pour être arrêté, torturé, et parfois exécuté sans aucun procès. Mon propre « procès » a été une parodie de justice de dix minutes : sans avocat, sans preuve ni droit à une défense, j’ai été condamnée à 20 ans de prison. J’avais seulement 20 ans et toute ma vie basculait.

Malgré la prison et la répression, j’ai continué mon combat pour une raison simple : lorsqu’on voit ses amis emprisonnés, torturés ou exécutés pour leurs idées, renoncer devient moralement impossible. Je ressens aujourd'hui le devoir de continuer à porter la voix des victimes, pour que leurs sacrifices ne soient pas oubliés. Défendre la liberté est une responsabilité envers ceux qui ont payé le prix le plus lourd.

Pourriez-vous expliquer la vie quotidienne en Iran à l'époque ?

J'ai tenté de traiter cette période en détail dans mes livres : « Un Petit Prince au pays des mollahs », « Évasion de la prison d’Iran », et mon dernier ouvrage « Ô mères d’Iran ». Au début des années 1980, la vie quotidienne était marquée par un basculement brutal : le « printemps de la liberté » après la chute du Chah a été de très courte durée, laissant place à la dictature du Guide Suprême.

Le climat était dominé par une peur constante. Khomeini avait prévenu : « Je briserai les stylos ». Les milices du Hezbollah et les pasdarans harcelaient quiconque osait porter un idéal différent. Je me souviens de l’agression sauvage que j’ai subie en plein centre de Racht, simplement pour avoir distribué le journal Moudjahid. J’ai été lynchée par des dizaines de nervis qui m’ont frappée au sol jusqu’au sang. C’était cela, la réalité quotidienne : une violence arbitraire où un simple soupçon suffisait pour être arrêté ou torturé.

Malgré cette oppression, la société restait profondément vivante. La jeunesse était avide de savoir et de liberté. Je me rappelle les cours de philosophie de Massoud Radjavi, dirigeant de l’OMPI, notamment à l'Université de Téhéran, où des milliers de jeunes se pressaient pour écouter une vision progressiste de l'islam, capable de contrer l'intégrisme montant. Mais ce dynamisme se payait au prix fort.

Enfin, le véritable tournant a été le déclenchement de la guerre entre l’Iran et l’Irak en septembre 1980. Khomeini a cyniquement utilisé ce conflit comme un outil de diversion pour détourner l’attention des revendications démocratiques de la société. Sous prétexte de "guerre contre l'ennemi étranger", l'espace politique s'est brutalement refermé et les voix discordantes ont été réduites au silence au nom de l'unité nationale. C’est dans ce climat de militarisation extrême que la répression contre nous est devenue systématique. Cette stratégie — qui consiste à utiliser des crises extérieures pour justifier la terreur intérieure et consolider l'hégémonie du Guide Suprême — est d'ailleurs une méthode que le régime continue d'appliquer encore aujourd'hui pour étouffer toute aspiration à la liberté.

Combien de temps êtes-vous restée prisonnière ? 

J’ai passé exactement 233 jours dans les geôles du régime. Cela peut paraître court à l'échelle d'une vie, mais dans l'univers carcéral, chaque minute pèse une éternité. Ces huit mois ont été le point de bascule définitif de mon existence : je suis entrée jeune fille idéaliste, je suis ressortie après mon évasion avec une mission qui dure depuis plus de quarante ans.

"Nous étions une famille de résistance"

Pourriez-vous expliquer la vie en prison ? Comment survit-on à cela ?

La vie en prison était dure. Une tentative quotidienne de déshumanisation par nos tortionnaires. Les interrogatoires ne cherchaient pas seulement des informations, mais visaient à briser notre dignité. Cependant, au cœur de cette obscurité, une lumière subsistait : la solidarité entre prisonnières politiques. Nous n'étions pas seulement des codétenues, nous étions une famille de résistance. Nous partagions tout, du morceau de pain à nos espoirs les plus fous, pour ne pas sombrer.

Ce qui me hante et m'anime à la fois, c'est le souvenir des visages de ma cellule. Je revois ces jeunes femmes, certaines à peine sorties de l'enfance, qui gardaient un sourire et une détermination intacte malgré les tortures. Elles ont été presque toutes exécutées, dont beaucoup lors du grand massacre de 1988. Survivre à cela ne se fait pas sans douleur ; on survit en transformant le traumatisme en témoignage. C'est pour cela que j'ai écrit Évasion de la prison d’Iran. Pour moi, écrire n'est pas un exercice littéraire, c'est un acte de justice. C’est ma façon de faire sortir mes amies de l'oubli et de montrer au monde que, même derrière les murs les plus épais, l'esprit de résistance reste invincible. Chaque ligne de mes livres est un message d'espoir envoyé aux nouvelles générations qui, aujourd'hui encore dans les rues de Téhéran ou de Racht, affrontent la même barbarie.

Vous avez perdu votre frère dans un massacre. Comment fait-on le deuil d'une expérience aussi traumatique ?

On me demande souvent comment on fait le deuil d'une telle tragédie. Ma réponse est celle que je porte en moi depuis des décennies : oui, le temps passe, mais la douleur reste. Pour Ahmad, comme pour les 30 000 autres prisonniers, le régime a refusé de rendre les corps ou d'indiquer les sépultures, créant ce qu'Amnesty International appelle une « torture ininterrompue » pour nous, les familles.

Mon cher frère cadet, Ahmad, était un héros au courage immense. Il n’avait que 17 ans lorsqu’il a été arrêté lors d’un raid des Gardiens de la Révolution à notre domicile, avant même mon évasion. Ce n'est qu'après ma fuite qu'ils l'ont injustement accusé de complicité pour justifier son maintien en détention. Malgré plus de cinq années de prison et de tortures, Ahmad n'a jamais fléchi. Il a porté en lui, jusqu'au bout, un rêve de liberté pour l'Iran. J'ai pu recueillir les témoignages de ses compagnons de cellule : ils m'ont raconté sa résistance héroïque, son sourire qui redonnait espoir aux autres, et sa dignité face aux bourreaux.

Finalement, Ahmad a été exécuté en 1988 avec ses compagnons de l'OMPI, à la suite de la fatwa de Khomeini ordonnant l’exécution des prisonniers politiques. Ce massacre de masse a été l'acte fondateur pour consolider l'hégémonie du Guide Suprême par le sang. Raconter son histoire était pour moi un besoin vital. Dans ma bande dessinée, Un petit prince au pays des mollahs, j'ai voulu que ce soit Ahmad lui-même qui s'adresse au monde pour montrer que ces victimes étaient des jeunes pleins de vie, représentant les meilleurs espoirs de notre société. Aujourd'hui, que ce soit à travers le rapport de l'ONU de juillet 2024 qualifiant ce crime de « génocide » ou la résolution de l'Assemblée générale de novembre 2025, mon objectif reste le même : transformer ce calvaire en un levier pour la justice, afin que le sacrifice d'Ahmad ne soit jamais oublié.

Pourriez-vous expliquer comment vous êtes-vous échappée de prison ? 

Il est difficile de résumer une telle expérience en quelques mots. J’ai tenté de la raconter en détail dans mon livre Évasion de la prison d’Iran. Cette évasion s’est déroulée dans une prison de haute sécurité à Racht, au nord de l’Iran, sous le contrôle des redoutables Gardiens de la Révolution. Dans un tel lieu, l’idée même de s’évader semble irréalisable, presque un rêve inaccessible. Pourtant, ce qui peut transformer l’impossible en réalité, c’est la volonté inébranlable de ceux qui refusent de se soumettre.

Avec cet esprit de résistance collective, nous — les filles des Moudjahidines du peuple d’Iran — avons décidé de tenter l’impossible. Pour nous, cette évasion n’était pas seulement une quête de liberté individuelle, mais un message clair et puissant adressé au régime des mollahs : "Vous ne briserez pas notre résistance."

Les risques étaient immenses. Nous savions qu’à tout moment, nous pouvions être repérées par les tours de surveillance des pasdarans. Un seul tir de mitrailleuse aurait suffi à nous abattre. Si nous étions capturées, la torture ou l’exécution nous attendaient inévitablement. Honnêtement, je ne pensais pas sortir vivante de cette opération.

Mais pour nous, cette tentative allait bien au-delà de la peur. Elle incarnait notre refus de céder, notre lutte pour la liberté et notre détermination à montrer que, même face à un régime armé et oppressif, aucune prison, aucun mur, ne peut enfermer l’esprit de résistance et la volonté des Moudjahidines du peuple d’Iran.

La France, symbole de universel de la liberté

Comment êtes-vous arrivée en France ? Pourquoi la France ?

Après mon évasion, j'ai vécu deux années d'une intensité extrême dans la clandestinité. Le danger était permanent : face à une résistante, le régime est sans merci et je risquais à chaque instant d'être arrêtée et exécutée. Des familles courageuses risquaient elles-mêmes la peine de mort pour m’avoir accueillie. Bien que je ne voulais pas quitter mon pays, ma condamnation à mort m’a contrainte à l’exil pour pouvoir continuer la lutte contre le régime des mollahs.

Mon départ a été une véritable odyssée organisée par les réseaux de la Résistance. J'ai d'abord gagné le Kurdistan iranien, puis j’ai franchi la frontière vers l’Irak à cheval, guidée par des sympathisants kurdes. Après plusieurs mois d'attente en Irak, j'ai déposé une demande d’asile et suis finalement arrivée en France en 1985. Pourquoi la France ? Parce qu’elle représentait pour moi le symbole universel de la liberté, de la Résistance au fascisme et des droits de l’homme. Bien que je ne parlais pas un mot de français à mon arrivée, je connaissais déjà ce pays à travers sa culture et sa littérature.

Comment vous êtes-vous reconstruite ?

Ma reconstruction s'est faite par la culture et l'engagement. Apprendre le français a été mon premier défi, une aventure qui m'a permis de m'approprier ma nouvelle terre d'accueil. Grâce à la solidarité des Français, j'ai pu m'intégrer et poursuivre mon combat pour les droits humains.

L'écriture a été l'outil principal de cette résilience. Après la publication de mes livres, j'ai participé à plus de 120 salons du livre à travers la France. Rencontrer des milliers de citoyens, échanger avec eux et voir leur émotion face à mon histoire m'a donné une force immense. C’est en brisant le mur du silence et en créant ce lien direct avec le public que j'ai trouvé un sens à mon exil. Aujourd'hui, je poursuis ce travail de mémoire, notamment dans les collèges et lycées avec le programme de Pass Culture, car transmettre l'esprit de résistance aux jeunes générations est ma façon de garder cette flamme vivante jusqu'à la libération de mon pays.

Vous êtes membres du conseil de résistance irannienne. Comment a pris forme votre combat depuis la France ? 

Depuis mon arrivée en exil, j’ai poursuivi mon engagement au sein du Conseil national de la Résistance iranienne. Cette coalition politique existe depuis 1981 et agit comme un véritable parlement en exil regroupant différentes tendances politiques, des libéraux aux progressistes, ainsi que des personnalités issues de diverses composantes de la société iranienne.

Son objectif est de préparer une transition démocratique en Iran et de défendre un projet de république laïque fondée sur les droits humains, l’égalité entre les femmes et les hommes et la séparation de la religion et de l’État.

L'Iran vit un tournant important dans son histoire

Depuis les frappes américaines et israëliennes, quelle a été votre réaction ?

La situation actuelle représente sans aucun doute un tournant important dans l’histoire de l’Iran. Les frappes militaires américaines et israéliennes, et en particulier la disparition d’Ali Khamenei, le tyran sanguinaire, ont provoqué un choc politique majeur au sein du système du Velayat-e Faqih. Depuis plus de trois décennies, ce système reposait largement sur son autorité personnelle et sur l’équilibre fragile qu’il maintenait entre les différentes factions du pouvoir.

Cependant, il est essentiel d’analyser cette situation avec lucidité. La disparition d’un dirigeant, même central, ne signifie pas automatiquement l’effondrement immédiat d’un régime autoritaire. Le pouvoir en Iran ne repose pas uniquement sur une personne, mais sur un appareil politique et sécuritaire très structuré. Les Gardiens de la Révolution, les services de renseignement et les différentes institutions idéologiques du régime constituent encore un réseau puissant capable de maintenir la répression.

Dans toute guerre, ce sont malheureusement les populations civiles qui paient le prix le plus lourd. Les Iraniens vivent déjà depuis des décennies sous la pression d’un régime répressif, mais aussi sous le poids de crises économiques et de tensions internationales permanentes. Il est donc fondamental que la priorité reste la protection du peuple iranien et la solidarité avec ses aspirations légitimes à la liberté.

"Les changements durables naissent de la volonté des peuples eux-mêmes"

Avez-vous un nouvel espoir ?

Oui, malgré la gravité de la situation actuelle, il existe aujourd’hui des raisons d’espérer. Mais cet espoir ne repose ni sur les bombardements ni sur une intervention extérieure. L’histoire montre que les changements politiques durables naissent avant tout de la volonté des peuples eux-mêmes.

Le 28 février, un élément important a également ravivé cet espoir : l’annonce de la mise en place d’un gouvernement provisoire chargé de transférer la souveraineté au peuple et d’instaurer une république démocratique sur la base du plan en 10 points.

Pour les Iraniens, cette initiative représente la preuve qu’une alternative démocratique crédible au régime actuel existe. Le gouvernement provisoire proposé par le CNRI, dirigé par Mme Maryam Radjavi, aurait une mission limitée dans le temps. Sa tâche serait d’assurer la transition démocratique pendant une période d’environ six mois, le temps d’organiser des élections libres pour une Assemblée constituante chargée de décider de la future Constitution du pays.

Que pensez-vous de la nomination de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême ?

L’arrivée de Mojtaba Khamenei au sommet de l’État illustre la dépendance du régime à l’égard du nom de Khamenei et sa volonté de transformer la République islamique en une dynastie cléricale.

La nomination de Mojtaba Khamenei ne symbolise pas seulement la continuité, mais l’officialisation d’une “monarchie héréditaire” au cœur du pouvoir théocratique. Ce système, qui prétendait représenter la justice religieuse et la révolution, se transforme ouvertement en un mécanisme dynastique visant à maintenir un pouvoir illégitime.

Avez-vous encore de la famille et des proches en Iran ? Si oui, pouvez-vous nous dire ce qui se passe concrètement sur place, si vous avez des nouvelles ? 

Oui. C’est très dur pour eux. Dans mon livre Évasion de la prison d’Iran, j’ai raconté le calvaire de mon frère aîné, Mahmoud, en décrivant à quel point lui et sa famille ont été harcelés par le régime et arrêtés à plusieurs reprises. Mon frère est décédé durant l'épidémie de Covid-19, mais malgré cela, même les membres les plus éloignés de ma famille ne sont pas à l’abri.

En raison de mes activités en exil, ils sont toujours sous la surveillance du régime. En mars 2025, j’ai découvert par hasard sur Internet des articles en persan truffés de mensonges, illustrés par mes propres photos. C’est à travers ces publications officielles que j’ai appris qu’un membre de ma famille avait été convoqué par le ministère des Renseignements, qui cherchait à découvrir mes liens avec eux. Certains de mes concitoyens m’informent de la situation par des messages privés sur Instagram ou Telegram. Ils suivent mes activités et en sont fiers, mais en raison de la répression, ils sont contraints d'agir avec une extrême prudence.

L'avenir de l'Iran dépendra du peuple iranien

Qu'est ce qui mettra fin à cette guerre, selon vous? Pensez-vous que cette guerre entraînera la chute du régime des Mollahs?

La guerre, à elle seule, ne peut pas résoudre la crise politique iranienne. Les bombardements ou les confrontations militaires peuvent affaiblir un régime, mais ils ne suffisent pas à provoquer sa chute durable. L’histoire récente nous montre que les transformations politiques profondes viennent avant tout de l’intérieur des sociétés.

La véritable question est donc celle du rapport entre le régime et la société. Depuis plusieurs années, la population iranienne exprime de plus en plus ouvertement son rejet du pouvoir des mollahs. Les manifestations se sont multipliées, malgré une répression extrêmement brutale.

Encore récemment, lors des protestations de janvier 2026, le régime a répondu par la violence contre les manifestants, faisant des milliers de victimes. Cette stratégie de répression systématique montre à quel point le pouvoir craint la mobilisation populaire.

C’est pourquoi l’avenir de l’Iran dépendra avant tout de la capacité du peuple iranien et de sa résistance organisée à reprendre leur souveraineté nationale et à instaurer un système politique fondé sur la démocratie, la séparation de la religion et de l’État et le respect des droits humains.

Que souhaitez-vous aujourd'hui pour votre pays ?

Comme beaucoup d’Iraniens en exil, mon souhait le plus profond est de voir un jour mon pays devenir une nation libre, démocratique et en paix avec le monde.

Je rêve d’un Iran où les citoyens pourront choisir librement leurs dirigeants, où la liberté d’expression sera respectée et où personne ne sera emprisonné pour ses opinions politiques ou ses convictions. Un Iran où les femmes auront les mêmes droits que les hommes et où la diversité culturelle et religieuse sera reconnue et respectée.

La liberté, la démocratie et la paix sont les aspirations fondamentales du peuple iranien.

Je reste profondément optimiste. Être résistante signifie croire que le changement est possible, même lorsque le chemin est long et difficile. Le peuple iranien a montré à plusieurs reprises qu’il ne renoncera pas à son aspiration à la liberté.

Je garde l’espoir qu’un jour je pourrai retourner dans mon pays, dans un Iran libre et démocratique.

Massoumeh Raouf sera en dédicace

Vous êtes auteure. Avez-vous des dates de dédicaces ou de rencontres d'auteurs prévues prochainement où chacun peut venir à votre rencontre ?

Mon nouveau livre, « Ô mères d’Iran » (Éditions Intervalles), est désormais disponible chez tous les libraires. À travers ce livre, j’ai voulu montrer que les femmes iraniennes ne sont pas de simples spectatrices de l’histoire, mais les actrices centrales de la résistance. Chaque page est un hommage à celles qui se tiennent debout dans la tourmente et qui élèvent leur voix quand tout le monde se tait.

Alors je reçois différentes invitations pour des conférences et des salons du livre. Mais il m’est malheureusement impossible de répondre favorablement à toutes ces invitations. Pour l’instant, voici les salons auxquels j’ai confirmé ma participation :

  • Salon du livre de Villiers-sous-Grez (77), en Seine-et-Marne, le 12 avril 2026
  • Festival du Livre de Paris, les 17, 18 et 19 avril 2026, sur le stand d’Éditions Intervalles
  • Salon du livre du château de Carel, samedi 23 mai 2026, à Saint-Pierre-sur-Dives
  • Salon du livre de Vernon (Eure), dimanche 24 mai 2026, au Château de Bizy, Vernon (Eure)
  • Salon du livre historique d’Île-de-France, à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), en novembre 2026.

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