Par Christian Dorsan
Les femmes sont
souvent les premières victimes de l'ambition et l'orgueil des hommes dans la
lutte au pouvoir.
Quand Jafar Panahi a reçu sa palme d'or à Cannes, j'avais envoyé un message à Massoumeh RAOUF pour lui dire que j'avais pensé à elle pendant le
discours du réalisateur. Cette journaliste exilée en France a connu les prisons
des Mollahs , la torture et a perdu son jeune frère exécuté.
Elle a écrit un roman, Ô mères d'Iran, un récit d'une mère qui lutte pour que
justice soit faite en Iran, pour ne pas oublier ses enfants tués par les
Gardiens de la Révolution. Un roman pour mieux comprendre la souffrance d'un
peuple opprimé, pour comprendre comment une révolution se transforme en
dictature.
Et un roman pour toutes les femmes. A lire ma chronique sur ActuaLitté
Iran : une
mère perd quatre enfants dans la répression des mollahs
Il existe des
livres qui ne racontent pas seulement une histoire : ils ouvrent une cicatrice.
Depuis la révolution de 1979, l’Iran vit sous un régime qui a transformé la foi
en instrument de pouvoir et les familles en champs de bataille. Dans ce roman
inspiré de faits réels, une mère voit ses enfants engloutis par la machine
répressive. La littérature ne répare rien ; elle empêche seulement que les
morts disparaissent une seconde fois.
Publié le : 07/03/2026
Les femmes et
plus particulièrement les mères sont toujours les principales victimes de
l’obscurantisme et de l’ambition aveugle des hommes. Le plus grand chagrin et
la plus grande des tristesses pour une mère est de perdre ses enfants, le plus
grand courage, est de rester droites, ne pas céder à l’abattement pour
continuer à les faire vivre.
Il y a 47 ans,
l’Iran a connu une révolution. D’une dictature monarchique, ce pays bascule
dans une dictature religieuse. Depuis 47 ans, les Iraniens et Iraniennes,
vivent des périodes de répressions sanglantes qui ont touché toutes les
familles.
C’est l’une
d’entre elles que Massoumeh Raouf, journaliste iranienne exilée en
France, entreprend de nous raconter pour comprendre le tournant fanatique et
totalitaire qu’a pris la République Islamique d’Iran ; « ce n’est pas la foi
qui définit le bien et le mal, mais l’oppression et la justice ». L’histoire de cette famille vivant à
Gorgan au nord de l’Iran est semblable à beaucoup d’autres et la romancière
s’est retrouvée en elle. Une famille qui compte cinq enfants, élevés par des
parents progressistes.
Durant la courte
période de liberté qui a suivi la destitution du Shah, les enfants vont
fréquenter l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) qui prône
un Islam moderne, libre et qui s’adapte à la société. Ce mouvement va connaître
une répression féroce : sur cinq enfants, Mère Ebrahimpouren en perdra
quatre. Elle devra vivre en clandestinité, fuir sa région et son pays pour
continuer à témoigner des exactions du régime des Mollahs.
Ce roman évoque
sans censure les mauvais traitements infligés aux prisonniers, les tortures et
les exécutions faites souvent sans réels procès. Les filles emprisonnées sont
violées avant d’être pendues ou fusillées, au désespoir des familles, s’ajoute
la honte. Les Gardiens de la Révolution ne mènent plus une guère religieuse,
mais maintiennent un pouvoir qui prend en otage la foi des croyants pour
légitimer des bains de sang afin de se maintenir au pouvoir.
INTERVIEW - Ô Mères d’Iran de
Massoumeh Raouf : le cri d’une mère courage
La fiction aide à
comprendre la réalité, elle permet l’empathie et l’indignation. Aidée par les
notes et le journal de Fatemeh Eslami, Massoumeh Raouf a su
trouver les mots pour retranscrire 47 ans d’histoire iranienne durant
lesquelles chaque famille a été victime du régime. Raviver la mémoire de cette
famille, c’est porter la voix des disparus, des opprimés, redonner de la
dignité aux humiliés.
Depuis les années
80 et son exil en France, la journaliste n’a de cesse continuer un combat
pour dénoncer l’injustice et parler au nom de ceux et celles qui en sont
empêchés.
Le ton du roman
est résolument partisan, on pourrait s’interroger sur la présence en grand
nombre de mots tels que « martyr », « sacrifice » ou « fierté », mais dans un pays où tout converge vers la religion, le vocabulaire accompagne aussi bien la
langue du pouvoir que celle des opposants.
Au cours d’une
conversation téléphonique, un des fils dira à sa mère : « Maman, si je tombe en martyr, ne t’habille
pas en noir. Ne verse pas de larmes. Ton devoir, ce n’est pas le deuil, c’est
la vérité. »
Mission accomplie avec ce roman, le combat d’une mère vaut bien plus que des
discours, et la foi inébranlable de celle-ci en un avenir meilleur pour son
pays, galvanise l’espérance de toutes les autres mères.

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