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jeudi 12 mars 2026

Iran : une mère perd quatre enfants dans la répression des mollahs

 


Par Christian Dorsan

Les femmes sont souvent les premières victimes de l'ambition et l'orgueil des hommes dans la lutte au pouvoir.
Quand Jafar Panahi a reçu sa palme d'or à Cannes, j'avais envoyé un message à
Massoumeh RAOUF pour lui dire que j'avais pensé à elle pendant le discours du réalisateur. Cette journaliste exilée en France a connu les prisons des Mollahs , la torture et a perdu son jeune frère exécuté.
Elle a écrit un roman, Ô mères d'Iran, un récit d'une mère qui lutte pour que justice soit faite en Iran, pour ne pas oublier ses enfants tués par les Gardiens de la Révolution. Un roman pour mieux comprendre la souffrance d'un peuple opprimé, pour comprendre comment une révolution se transforme en dictature.
Et un roman pour toutes les femmes. A lire ma chronique sur
ActuaLitté

 

Iran : une mère perd quatre enfants dans la répression des mollahs

Il existe des livres qui ne racontent pas seulement une histoire : ils ouvrent une cicatrice. Depuis la révolution de 1979, l’Iran vit sous un régime qui a transformé la foi en instrument de pouvoir et les familles en champs de bataille. Dans ce roman inspiré de faits réels, une mère voit ses enfants engloutis par la machine répressive. La littérature ne répare rien ; elle empêche seulement que les morts disparaissent une seconde fois.

Publié le : 07/03/2026 

Les femmes et plus particulièrement les mères sont toujours les principales victimes de l’obscurantisme et de l’ambition aveugle des hommes. Le plus grand chagrin et la plus grande des tristesses pour une mère est de perdre ses enfants, le plus grand courage, est de rester droites, ne pas céder à l’abattement pour continuer à les faire vivre.

Il y a 47 ans, l’Iran a connu une révolution. D’une dictature monarchique, ce pays bascule dans une dictature religieuse. Depuis 47 ans, les Iraniens et Iraniennes, vivent des périodes de répressions sanglantes qui ont touché toutes les familles.

C’est l’une d’entre elles que Massoumeh Raouf, journaliste iranienne exilée en France, entreprend de nous raconter pour comprendre le tournant fanatique et totalitaire qu’a pris la République Islamique d’Iran; «ce n’est pas la foi qui définit le bien et le mal, mais l’oppression et la justice». L’histoire de cette famille vivant à Gorgan au nord de l’Iran est semblable à beaucoup d’autres et la romancière s’est retrouvée en elle. Une famille qui compte cinq enfants, élevés par des parents progressistes.

Durant la courte période de liberté qui a suivi la destitution du Shah, les enfants vont fréquenter l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) qui prône un Islam moderne, libre et qui s’adapte à la société. Ce mouvement va connaître une répression féroce : sur cinq enfants, Mère Ebrahimpouren en perdra quatre. Elle devra vivre en clandestinité, fuir sa région et son pays pour continuer à témoigner des exactions du régime des Mollahs.

Ce roman évoque sans censure les mauvais traitements infligés aux prisonniers, les tortures et les exécutions faites souvent sans réels procès. Les filles emprisonnées sont violées avant d’être pendues ou fusillées, au désespoir des familles, s’ajoute la honte. Les Gardiens de la Révolution ne mènent plus une guère religieuse, mais maintiennent un pouvoir qui prend en otage la foi des croyants pour légitimer des bains de sang afin de se maintenir au pouvoir.

INTERVIEW - Ô Mères d’Iran de Massoumeh Raouf : le cri d’une mère courage

La fiction aide à comprendre la réalité, elle permet l’empathie et l’indignation. Aidée par les notes et le journal de Fatemeh Eslami, Massoumeh Raouf a su trouver les mots pour retranscrire 47 ans d’histoire iranienne durant lesquelles chaque famille a été victime du régime. Raviver la mémoire de cette famille, c’est porter la voix des disparus, des opprimés, redonner de la dignité aux humiliés.

Depuis les années 80 et son exil en France, la journaliste n’a de cesse continuer un combat pour dénoncer l’injustice et parler au nom de ceux et celles qui en sont empêchés.

Le ton du roman est résolument partisan, on pourrait s’interroger sur la présence en grand nombre de mots tels que «martyr», «sacrifice» ou «fierté», mais dans un pays où tout converge vers la religion, le vocabulaire accompagne aussi bien la langue du pouvoir que celle des opposants.

Au cours d’une conversation téléphonique, un des fils dira à sa mère : «Maman, si je tombe en martyr, ne t’habille pas en noir. Ne verse pas de larmes. Ton devoir, ce n’est pas le deuil, c’est la vérité.» Mission accomplie avec ce roman, le combat d’une mère vaut bien plus que des discours, et la foi inébranlable de celle-ci en un avenir meilleur pour son pays, galvanise l’espérance de toutes les autres mères.

https://actualitte.com/article/129752/chroniques/iran-une-mere-perd-quatre-enfants-dans-la-repression-des-mollahs

 

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